Quais du polar et L'étrange festival

Puisque Grand-Guignol tient un stand sur ces deux festivals, voici l'occasion de présenter deux événements importants pour la vie culturelle lyonnaise.
D'abord L'étrange festival : il s'agit de la première édition lyonnaise de ce que nous considérons comme le meilleur festival français de cinéma. Bienvenue donc entre Rhône et Saône au cinéma différent, audacieux, aux films politiquement incorrects, au coup de pied dans la fourmilière fixé sur celluloïd.
L'étrange festival, c'est à la base une aventure parisienne qui a vu le jour en 1993, il y a donc un sacré bail, déjà. L'étrange festival, ce sont quatorze éditions à ce jour, dévolues aux films difficiles, rares - voire exclusifs. Ce sont des rétrospectives salutaires en présence des réalisateurs (H. G. Lewis, Masaru Konuma, Teruo Ishii, etc.), des nuits spéciales où l'on a pu voir ou revoir sur grand écran des chefs d'œuvre tels que Maniac, Le crocodile de la mort, Kiss contre les fantômes, Deadbeat at dawn... Et puis, récemment, L'étrange festival de Paris, c'est aussi L'étrange musique, avec des concerts d'artistes hors-normes comme Diamanda Galàs, The Red Krayola... et des films comme L'ange de Patrick Bokanowski (mis en musique par sa femme Michèle Bokanowski, talentueuse compositrice de musique acousmatique). Autant l'avouer tout de suite : à Grand-Guignol nous sommes des fans absolus de ce festival ! Quelle excellente nouvelle donc que cette initiative ! L'implantation lyonnaise de L'étrange festival va faire du bien aux amateurs d'images fortes, car depuis que les copains de Kritikator ont mis leurs activités de cinéphiles entre parenthèses, le zombie se faisait rare et il était de plus en plus difficile de se payer une toile en ricanant comme des ados abrutis sur un film de genre bien crétin ! Il était devenu compliqué de s'émouvoir devant un bon pinku eiga ou de se payer une grosse tranche bien grasse de gore qui tâche...

On se réjouit donc que les Lyonnais de ZoneBis se soient retroussé les manches pour nous amener sur un plateau un premier programme prometteur et qui annonce la couleur dès la première édition : Jean Rollin (présent), Joël Séria (présent également), une soirée rigolotrash, une théma corruptio - nous soulignons d'ailleurs la présence d'un film à ne pas rater dans cette théma, le giallo bien dégueu La polizia chiede aiuto (La lame infernale, ou encore L'âme infernale, en VF), réalisé par Massimo Dallamano deux ans après son chef d'œuvre du genre, Cosa avete fatto a Solange (Mais... qu'avez-vous fait à Solange ?, 1972).
A ne pas rater non plus, le documentaire Llik your idols, d'Angélique Bosio, sur les artistes sulfureux de la scène new-yorkaise des 80s (Nick Zedd, Richard Kern, Lydia Lunch, Thurston Moore, ainsi que le peintre Joe Coleman - qui avait déjà fait l'objet d'un film documentaire lui étant entièrement consacré, évidemment diffusé à L'étrange Festival à Paris au sein d'une théma Apocalypse culture).

Enfin, ne manquez pas non plus la belle exposition consacrée aux sérigraphies de Jesse Phillips, montée à cette occasion par Black Cat Bones (un des tout meilleurs éditeurs lyonnais, nous y reviendrons un jour prochain). Vernissage de l'exposition et ouverture du festival mercredi 26 mars à 19 heures, au cinéma Comoedia, avenue Berthelot (Lyon 7ème).
Ne boudez pas votre plaisir, allez- y !
On vous redonne le lien, vous n'aurez plus aucune excuse :
http://www.etrangefestival.com/

Les Quais du polar : 4ème édition.
4 ans ! Il n'aura fallu que quatre années pour que ce festival consacré exclusivement au polar s'impose comme un important rendez-vous international pour tous les amateurs de frissons noirs et rouge sang. Chaque année, c'est durant le dernier weekend de mars que la poudre répand son parfum dans toute la ville (ville qui vit l'implantation du premier laboratoire de police scientifique en 1910) et que les meilleurs auteurs du genre se donnent rendez-vous. Au programme : conférences, rencontres, signatures, remise de prix. Mais aussi projections de films noirs (à l'Institut Lumière).
Grand-Guignol participe à ce rendez-vous incontournable depuis sa création et, depuis le début, nous essayons d'y apporter notre touche spécifique : exposition d'affiches originales (avec Marco) et concerts avec nos potes d'H.A.K. A ce propos,vous pourrez assister cette année à un live de Sarah Monn et Kid Parrot, samedi 29 mars entre 13h et 14h au palais Bondy (gratuit).
Nous accueillons aussi, comme tous les autres libraires présents, des auteurs en signature. Et, cette année, nous sommes particulièrement heureux des écrivains qui seront présents à notre stand :

Arnaldur Indridason, à l'occasion de la sortie de son dernier opus, L'homme du lac (éditions Métailié), fortement pressenti pour obtenir un prix ;
Joe Lansdale, le génial auteur texan qui nous régale avec ses romans déjantés, fourmillant de personnages attachants et déglingués (dernier ouvrage en date : Tsunami mexicain, paru à la Série Noire) ;
Jake Lamar, auteur américain vivant en France et publiant chez Rivages, dont Rendez-vous dans le 18ème, son dernier ouvrage paru ;
Nick Stone pour son premier roman Tonton Clarinette paru à la Série Noire (cf infra, post Tonton Clarinette) ;
Piergiorgio Di Cara, spécialiste de la mafia sicilienne, auteur de trois romans aux éditions Métailié (Ile noire, L'âme à l'épaule et le dernier :Verre froid) ;
Jean-Marc Souvira, dont le premier roman Le magicien vient de sortir aux éditions du Fleuve Noir.

Nous avons également invité les Moutons électriques, excellente maison d'édition lyonnaise consacrée aux mauvais genres. A cette occasion, l'auteur Nicolas Le Breton signera son premier roman Le maître des gargouilles, polar historique se déroulant dans les ruelles du Lyon du 14ème siècle. André-François Ruaud, auteur et éditeur des Moutons électriques, sera également présent et il signera ses ouvrages.
Venez nombreux nous rendre visite au palais Bondy, du vendredi 28 au dimanche 30 mars 2008.
Le site des Quais du polar :
http://www.quaisdupolar.com

Art Spiegelman, Breakdowns (réédition 2008)

Enfin !
Il aura fallu attendre plus de trente ans pour que soit édité en France le mythique album d'Art Spiegelman, Breakdowns.
Une trentaine d'années où rares étaient ceux en possession du chef d'oeuvre, tiré seulement à 4000 exemplaires, aux éditions Nostalgia Press (en fait, Belier Press), aux Etats-Unis. Jamais réédité depuis. Jusqu'à ce que, cette semaine, les éditions Casterman lâchent la bombe dans les rayons des bonnes (et moins bonnes, d'ailleurs...) librairies francophones.
Nous avons eu la chance, à Grand-Guignol, de disposer d'un exemplaire de la première édition de 1977. C'était beau, mais vraiment le prix était indécent !
Aujourd'hui, pour 25 euros, vous pouvez acquérir cette merveille du neuvième art !

Composée de trois parties, cette nouvelle édition s'avère passionnante à bien des égards, dans la mesure où elle enrichit véritablement l'album original. En effet, la première partie regroupe des travaux autobiographiques des deux dernières années.
La deuxième partie reprend l'album en tant que tel.
Enfin, la dernière partie revient sur les motivations de Spiegelman à concevoir Breakdowns.
C'est intelligent, expérimental et artisanal tout à la fois. Et c'est un travail prodigieux sur les possibilités offertes par la bande dessinée. D'ailleurs, toutes les planches respirent l'amour de cet art. C'est grand !
Pas étonnant que cet auteur génial ait reçu par la suite le Pulitzer, pour son travail le plus connu, Maus.
A relire Breakdowns, on se dit qu'en bédé, finalement, toutes ces recherches formelles menées dans les années 70 auront accouché d'une immense déception, tant les œuvres novatrices ont cédé le pas face au retour à un graphisme convenu, ainsi que sous les coups de boutoir de l'autofiction narcissique et chiante (alors même que Maus semblait déjà avoir épuisé le genre et paraissait indépassable).
De fait, si la plupart des promesses d'une révolution graphique et narrative passionnante, condensées dans Breakdowns, furent déçues par la suite, c'est peut-être que le jeune Spiegelman avait placé d'emblée la barre trop haut.
Quoi qu'il en soit, nous vous conseillons chaudement de vous jeter sur cet indispensable recueil des œuvres de jeunesse d'un maître absolu de cet art que peut être parfois la bande dessinée - art qu'il a fortement contribué à rendre adulte.
Et puis, qui sait, un jour peut-être sera rééditée la revue Raw, qu'animaient Spiegelman et sa femme Françoise Mouly à New York, dans les années 80. On en rêve, tant Raw concentrait ce qui se faisait de mieux en BD et en illustration dans le monde. En attendant, l'édition de Breakdowns est incontestablement la meilleure nouvelle de ce début d'année 2008 !

S.P.K. DESPAIR, 2007 (DVD)


Vivisection /
dissection /
chair meurtrie /
pornographie /
métal sur métal /
larsen, bruit sourd, cris, guitares saturées, bandes malmenées /
Shock tactics /
Pas de doute : bienvenue en 1979, cœur de l'enfer industriel.
"Dieu est mort, Marx est mort. Et je ne me sens moi-même pas si bien..." Dénoncer l'aliénation coûte que coûte, à coups d'agression sensorielle, puisqu'il n'y a plus que ça qui pourrait peut-être marcher. Ultime tentative désespérée de provoquer une réaction chez ses contemporains - autant dire dernière danse avant le grand saut dans le territoire des morts-vivants.

Car le projet a foiré... même SPK a fini par nous servir la soupe insipide des années 80. Et, dans un grand raccourci, nous sommes désormais censés nous extasier devant de la pop-folk guillerette en prenant la pose. Ce n'est pas qu'on n'aime pas Devendra Banhart ou Cocorosie, mais c'était sans compter sur le retour du refoulé... L'indus ne nous avait pas suffisamment pété la tête : tout le délire novö pour post-humain blasé ne nous parlait que de notre condition du moment - 2008, rien n'a changé, si ce n'est que l'agonie a duré 30 ans de plus. Est-ce un hasard si nous sommes à nouveau dévasté par un raz-de-marée de musique noise ? La Bande originale parfaite de l'apocalypse rampante. Alors, lève-toi et danse dans ton salon ! T'insères le DVD dans ton lecteur, tu pousses le volume à fond et tu t'laisses ravager par ce témoignage de première main de la culture industrielle. Y'a pas d'embrouille : 1979-1982, SPK rules! Ce DVD est un document d'une valeur inestimable, illustration parfaite d'une époque où l'on n'avait pas encore définitivement lâché l'affaire. Une époque où l'on pensait qu'un bon coup de latte dans les tripes pouvait toujours faire office de philo à coups de marteau. Certes, la démarche peut parfois sembler naïve, rétrospectivement, mais aujourd'hui on le sait, SPK avait raison : la catastrophe n'a jamais été aussi imminente. Et alors ? raison de plus pour jouir sans entraves de cette coulée de lave incandescente qu'on appelait "musique industrielle".
On trouve sur Youtube les clips de Despair, d'après la VHS d'époque. La qualité est vraiment pourrie, mais ça donne une bonne idée de ce qui vous attend sur ce DVD.
Despair sur Youtube

Nick Stone, Tonton Clarinette (polar)

Tonton Clarinette, c'est une sorte de croque-mitaine, en Haïti. C'est surtout l'excellent premier roman de Nick Stone, qui signe en grandes pompes son entrée dans l'univers du polar noir (à noter que ce livre a reçu le Ian Fleming Steel Dagger 2006 et le Macavity Award 2007 du meilleur premier roman). Le livre est sorti chez Gallimard, à la Série Noire, le 14 février 2008. Il coûte 22,50 euros.

L'argument est simple : Max Mingus - un privé, ancien flic à Miami -, finit de purger sa peine après avoir buté des gosses shootés au crack qui avaient fait subir des saloperies à une gamine. Il se retrouve seul et démuni à sa sortie de taule, désespéré aussi, étant devenu veuf pendant qu'il était au placard. C'est là qu'on lui propose un énorme pacson de biftons pour retrouver le gamin d'une très "bonne" famille en Haïti... autant dire en enfer !
N'ayant aucun avenir aux Etats-Unis, Mingus accepte d'enquêter et se rend dans l'île.
L'intrigue se déroule à la fin des années 90, sur fond d'occupation américaine, censée restaurer la démocratie dans le pays (une vieille habitude...). Les anciens tontons macoute rôdent aussi, eux qui étaient les bras armés des Duvalier, répandant la terreur parmi la population. Le roman baigne tout entier dans le vaudou, la corruption et la misère. Dans le stupre aussi. Nick Stone finit par nous dresser un portrait passionnant et désespérant d'Haïti, personnage principal du livre.
C'est sombre, très sombre ; les protagonistes sont tous attachants, ambivalents. L'écriture est limpide et l'on ne s'ennuie pas une seule seconde dans ce gros volume de 608 pages (on en voudrait plus, d'ailleurs).
On a adoré.
A noter : Nick Stone sera présent au festival Quais du polar les 28,29 et 30 mars 2008 au palais de Bondy, à Lyon. Il dédicacera son livre sur le stand que nous tiendrons là-bas (autres auteurs présents à notre stand : Arnaldur Indridason, Jake Lamar, Joe Lansdale, Piergiorgio Di Cara et Jean-Marc Souvira).
Le site des Quais du polar.

La chronique du livre sur le site des éditions Gallimard :
"« Ici, ce sont les morts qui gouvernent. »
Pour Max Mingus, privé de Miami, l'offre est tentante : dix millions de dollars pour mettre la main sur Charlie Carver, fils d'une grande famille haïtienne, introuvable depuis plus de trois ans.
Charlie a disparu en Haïti, comme des dizaines d'autres enfants volatilisés depuis des décennies. Dans un pays dominé par le vaudou, nombreux sont ceux à évoquer la magie noire et une figure mythique, Tonton Clarinette, un dieu charmeur d'enfants qui les entraîne loin de leurs familles.
Mais qui est donc Tonton Clarinette ? Un joueur de flûte qui hypnotise des victimes ? Un voleur d'âmes ? Un tueur en série ? Pour le découvrir, Max devra réussir là où d'autres détectives ont non seulement échoué mais perdu la vie. Très vite la question pour Max n'est plus seulement de retrouver Charlie mais de sauver sa peau.
Baroque, haletant,
Tonton Clarinette ensorcellera jusqu'au plus averti des amateurs de thrillers."

Nazi Knife #4 (graphic zine from France)

Nous avons reçu le numéro 4 du graphzine Nazi Knife (les trois précédents numéros sont tous épuisés), publié par Jonas Delaborde et Hendrik Hegray (avec la participation d'Eugène Kerozen).
Nazi Knife regroupe la crème de la jeune génération de dessinateurs Français, ainsi que certains des graphistes Américains les plus excitants du moment (notamment de la constellation PictureBox).
C'est nerveux, ça déborde d'énergie et de traits acérés, de collages furieux. C'est parfois méchant, parfois stupide, ça peut être naïf aussi, bref : c'est excellent !

Les choses bougent beaucoup du côté du dessin et de l'illustration, où nombre d'artistes sont très impliqués dans la scène musicale noise, et vice-versa (par exemple, John Olson - du groupe Wolf Eyes - publie des collages dans ce numéro de Nazi Knife). De nombreux jeunes artistes bousculent les conventions avec vigueur et irrévérence. On en avait eu un aperçu avec le numéro 1 de Frédéric Magazine, mais Nazi Knife pousse le bouchon beaucoup plus loin et de manière vraiment passionnante !
En vente à la librairie, au prix de 12 euros.

Plus de contenu sur le site de Nazi Knife

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Dans la mesure du possible, nous mettrons des extraits en ligne ou des liens vers du contenu sur le web en rapport avec les ouvrages et les enregistrements présentés.