Art Spiegelman, Breakdowns (réédition 2008)

Enfin !
Il aura fallu attendre plus de trente ans pour que soit édité en France le mythique album d'Art Spiegelman, Breakdowns.
Une trentaine d'années où rares étaient ceux en possession du chef d'oeuvre, tiré seulement à 4000 exemplaires, aux éditions Nostalgia Press (en fait, Belier Press), aux Etats-Unis. Jamais réédité depuis. Jusqu'à ce que, cette semaine, les éditions Casterman lâchent la bombe dans les rayons des bonnes (et moins bonnes, d'ailleurs...) librairies francophones.
Nous avons eu la chance, à Grand-Guignol, de disposer d'un exemplaire de la première édition de 1977. C'était beau, mais vraiment le prix était indécent !
Aujourd'hui, pour 25 euros, vous pouvez acquérir cette merveille du neuvième art !

Composée de trois parties, cette nouvelle édition s'avère passionnante à bien des égards, dans la mesure où elle enrichit véritablement l'album original. En effet, la première partie regroupe des travaux autobiographiques des deux dernières années.
La deuxième partie reprend l'album en tant que tel.
Enfin, la dernière partie revient sur les motivations de Spiegelman à concevoir Breakdowns.
C'est intelligent, expérimental et artisanal tout à la fois. Et c'est un travail prodigieux sur les possibilités offertes par la bande dessinée. D'ailleurs, toutes les planches respirent l'amour de cet art. C'est grand !
Pas étonnant que cet auteur génial ait reçu par la suite le Pulitzer, pour son travail le plus connu, Maus.
A relire Breakdowns, on se dit qu'en bédé, finalement, toutes ces recherches formelles menées dans les années 70 auront accouché d'une immense déception, tant les œuvres novatrices ont cédé le pas face au retour à un graphisme convenu, ainsi que sous les coups de boutoir de l'autofiction narcissique et chiante (alors même que Maus semblait déjà avoir épuisé le genre et paraissait indépassable).
De fait, si la plupart des promesses d'une révolution graphique et narrative passionnante, condensées dans Breakdowns, furent déçues par la suite, c'est peut-être que le jeune Spiegelman avait placé d'emblée la barre trop haut.
Quoi qu'il en soit, nous vous conseillons chaudement de vous jeter sur cet indispensable recueil des œuvres de jeunesse d'un maître absolu de cet art que peut être parfois la bande dessinée - art qu'il a fortement contribué à rendre adulte.
Et puis, qui sait, un jour peut-être sera rééditée la revue Raw, qu'animaient Spiegelman et sa femme Françoise Mouly à New York, dans les années 80. On en rêve, tant Raw concentrait ce qui se faisait de mieux en BD et en illustration dans le monde. En attendant, l'édition de Breakdowns est incontestablement la meilleure nouvelle de ce début d'année 2008 !

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