En bref... (Ballard, Nazi Knife, Tanz Procesz, Martinet, western européen)

C'est au tour des éditions Tristram de combler les amateurs de Ballard, en sortant coup sur coup le court roman Sauvagerie, tout à fait excellent (plus connu sous le titre Le massacre de Pangbourne) ainsi que le premier tome du recueil de nouvelles de cet auteur essentiel. L'oeuvre de Ballard est d'une actualité terrifiante et éclaire le quotidien sous un jour intelligible. Lire Ballard, c'est mieux comprendre notre présent. Même si l'expérience peut s'avérer effrayante, elle n'en est pas moins salutaire.
Sauvagerie : 13 €.
Nouvelles complètes, tome 1 (1956-1962) : 29 €.

Autre bonne nouvelle, la sortie du numéro 5 de Nazi Knife, toujours aussi beau, toujours aussi crétin et méchant. C'est stupide comme un dessin punk, ça peut faire aussi mal aux yeux que la musique noise aux oreilles mais, attention : on est susceptible de jouir précocement tellement c'est à côté de la plaque et totalement dégénéré. Bref, les nazis auraient détesté mais Grand-Guignol en raffole.
Il existe un numéro fantôme de cette dernière livraison, le numéro 55. Malheureusement, aussitôt sorti, aussitôt épuisé. Qu'on se rassure, il reste plein d'exemplaires du numéro 5. 15 €.
Plein d'images sublimes tirées de NK#5 ici :
http://nkzine.free.fr/NK05.html

Le label Tanz Procesz, dont nous sommes de gros fans, n'en finit pas de pervertir la France, à base de musique bien déglinguée. Si vous suivez le label, passez à la librairie pour voir et écouter leurs dernières productions (comme d'habitude, tous les supports sont bons pour combler nos oreilles déviantes : K7, CD-R, vinyle, DVD. Et, comme d'hab, les tirages sont minuscules).
A ne pas rater, en janvier sur Tanz Procesz, une sortie CD (vrai pressage) d'archives de Ghédalia Tazartès. On a entendu parler d'autres trucs prévus méchamment excitants, mais il est trop tôt pour les évoquer ici.
http://tanzprocesz.free.fr/

Les éditions Finitude nous gâtent en rééditant, trente ans après, le Jérôme de Jean-Pierre Martinet. Voici un livre désespéré, qui s'inscrit dans cette veine littéraire française ultra sombre que nous aimons tant (pensez à Céline, Maurice Raphaël, etc.). A lire de toute urgence ! Et à relire, encore, toujours, frénétiquement...
La quatrième de couverture : "Entre détracteurs enragés et admirateurs fascinés, Jérôme est de ces romans qui interdisent la modération.
L'histoire est pourtant simple : obsédé par Polly, la jeune fille qu'il croit aimer, Jérôme Bauche se lance dans une quête hallucinée à travers une ville étrange, un peu Paris un peu Saint-Pétersbourg. Tel Dante, il s'enfonce irrémédiablement vers l'enfer, et nous y entraîne avec lui. De gré ou de force.
Depuis des années, Jérôme était devenu introuvable et on ne parlait plus qu'à voix basse de ce livre monstre, de ce livre dans lequel Martinet rend hommage à ses maîtres, Dostoïevski, Joyce, Gombrowicz ou Céline, de ce livre qui résonne comme un terrifiant éclat de rire.
Aujourd'hui Jérôme est de retour. On va enfin pouvoir le lire, connaître le délicieux frisson du pire. Et choisir son camp".
Jérôme : 24 €.

Ca y est, les éditions Bazaar nous ont gratifiés de la réédition du livre de référence de Jean-François Giré, Il était une fois... le western européen.
Comment en parler sans paraitre trop élogieux ? C'est absolument impossible, alors sachez qu'il s'agit d'un livre magnifique, somptueux, magistral, indispensable. Chaque page sent la poudre et la sueur. Ce livre est peut-être encore plus beau que les Glittering Images (parutions italiennes sur le sujet).
Si vous aimez le western européen, ne laissez pas passer cette merveille.
c'est cher, mais totalement justifié.
Il était une fois... le western européen, 75 €.

Trois belles rééditions de littérature britannique

Les amateurs de littérature de genre ont eu de quoi être comblés en ce mois d'octobre.

Et pour cause, les éditions Denoël poursuivent leur travail remarquable autour de l'oeuvre de Jim Ballard, auteur contemporain majeur (à Grand-Guignol, en tout cas).
Si James Graham Ballard est surtout connu pour avoir écrit Crash, il est aussi l'auteur d'autres livres tout à fait capitaux pour qui aime l'anticipation. A ce titre, son quatrième roman, La forêt de cristal, publié en 1966 (1967 en France, déjà par Denoël) est sans doute la plus belle réussite de la première période de l'écrivain, que l'on peut qualifier de "catastrophiste" - on parle aussi de quatuor cataclysmique, ou encore de cycle des éléments. En effet, les quatre premiers livres de l'auteur concernent tous des dérèglements écologiques majeurs : vent de plus en plus violent qui dévaste tout (Le vent de nulle part), réchauffement climatique et montée des eaux (Le monde englouti, magnifique), la désertification due à l'industrialisation à outrance (Sécheresse) et, enfin, la cristallisation d'une forêt africaine (La forêt de cristal, donc).
Si Ballard ne s'attarde pas vraiment sur les causes de ce phénomène qui transforme peu à peu certains points chauds de la planète en forêts de cristal, c'est que la puissance du livre réside bien plutôt dans les descriptions magnifiques de cette faune et de cette flore qui se mettent à scintiller de mille feux intérieurs. Le Ballard "pictural" est ici au sommet de son art. Ses mots sculptent la lumière, tout en clair-obscur, les ombres sont blanches, les visages évoquent des masques. On nage entre expressionnisme et arts premiers, cubisme et psychédélisme pour entrer dans la clarté et la couleur pure. Tout ce qui est touché par le phénomène de cristallisation se met à chatoyer et fonctionne comme un prisme nous révélant les émotions, les sentiments, les motivations des protagonistes. D'ailleurs, ces derniers sont véritablement bouleversés par la poésie des paysages et chacun compose comme il peut avec l'appel de la forêt de cristal. Ce livre est une féérie visuelle, qui suscite des images d'une beauté époustouflante, même si la noirceur et la désolation traversent tout le roman. C'est aussi une belle réflexion sur la nature humaine et la recherche de la paix et de l'éternité.
En outre, il s'agit là d'une nouvelle traduction et le texte français est très fluide. Le travail de Michel Pagel restitue parfaitement le style ballardien, certes sobre, sans effet mais d'une précision chirurgicale. La force des images est servie par une langue qui sait se faire discrète, mais qui sait aussi transmettre la richesse de la psyché des personnages. Pour le dire simplement, c'est extrêmement bien écrit et cette lecture provoque un plaisir immense.
Soulignons que l'objet est réussi, avec une belle couverture fort à-propos. De plus, ce volume est agrémenté d'une bibliographie de l'auteur très complète et à jour.
Voilà donc une excellente réédition à se procurer sans réfléchir, si vous n'avez pas encore lu ce chef d'œuvre. Il vous en coûtera 18 euros.
A noter : plus tôt dans l'année, Denoël avait réédité en un volume les romans Sécheresse et Le monde englouti (25 €). Et, en 2006, était sortie la trilogie de béton (en un volume également et au même prix de 25 €), rendant enfin accessible ce bijou absolu qu'est le roman IGH, demeuré épuisé trop longtemps. Si vous ne l'avez pas lu, nous vous le recommandons très chaudement (les deux autres récits de la trilogie de béton sont Crash et L'île de béton, tous deux excellents).
Souhaitons désormais qu'un éditeur nous gratifie rapidement d'une bonne réédition du magnifique recueil de nouvelles Vermilion Sands, si primordial dans l'œuvre de Ballard.

La même année que La forêt de cristal, sortait Le jour des fous d'Edmund Cooper. Ce roman d'anticipation s'inscrit dans la veine typiquement british du roman "catastrophiste", à haute teneur post-apocalyptique.
Il n'est point question ici d'explosion nucléaire , mais de taches solaires qui provoquent une vague de suicides colossale ! (Nous retrouverons cet argument des suicides provoqués par des taches solaires dans le giallo d'Armando Crispino, Frissons d'horreur, réalisé en 1975).
Le livre de Cooper nous propose de suivre les tribulations de Greville, ancien publicitaire ayant subi une dépression suite à un accident de voiture qu'il provoqua et au cours duquel sa fiancée décéda. Et c'est littéralement cette dépression qui lui permit de rester en vie ! Car étrangement, cette pandémie de suicides (appelée le Suicide Radieux) ne concerne qu'un type de personnes : les "normaux" (certes, ultra-majoritaires). A l'inverse, sont épargnés les fous, les asociaux, les marginaux, les artistes... Autant de catégories que l'on retrouve désormais seules en vie, communément dénommées les transnormaux (ou les transnos). Et c'est parmi ces grappes de dingues pas tellement doux que Greville survit tant bien que mal... jusqu'au jour où il sauve la vie à une jolie jeune fille, esclave sexuelle d'une bande de transnos à qui elle a échappé. Or Liz (la belle jeune fille) est mue par une obsession : retrouver sa sœur. Le duo décide donc de partir à sa recherche et sillonne le Royaume-Uni, rongé par la désolation et livré aux bandes de pillards, aux meutes de chiens, de rats et autres animaux retournés à l'état sauvage.
Le jour des fous s'impose donc comme un roman haletant, jouissif pour qui aime cette littérature de l'après-catastrophe. On pense tout de suite à Mad Max, mais aussi au livre culte de Zelazny, Les culbuteurs de l'enfer (également connu sous le titre de Route 666). Et Ballard n'est pas loin, bien entendu.
Ce sont les éditions Terre de Brume qui se sont attelées à la tâche et le résultat est plutôt séduisant, malgré une couverture assez ratée. Le livre coûte 18 €.
Signalons enfin que, plus tôt cette année, les éditions Bragelonne ont sorti Royaume Désuni (publié en 2003 dans sa langue d'origine), de l'Anglais James Lovegrove, qui se situe également dans cette Angleterre dévastée. Une belle manière de prolonger le plaisir procuré par la lecture de ce Jour des fous plaisant. On espère désormais que quelqu'un rééditera enfin les romans de Charles Platt, notamment l'immense Plein gaz, où là encore il s'agit de traverser le Royaume-Uni en proie à toutes les sauvageries (cette fois-ci, sous l'effet d'un gaz qui déchaîne les pulsions sexuelles ! Un vrai régal).

Enfin, nous sommes ravis que les éditions Ombres aient retiré Le grand dieu Pan, d'Arthur Machen, court roman fantastique de 1894.
Pour situer l'auteur, précisons d'emblée que Lovecraft le cite comme influence majeure.
Le grand dieu Pan fut son premier roman et, pour un coup d'essai, il s'imposa comme une réussite magistrale, mêlant science et paganisme, rationalisme et forces obscures, comme il se doit pour toute grande œuvre de terreur fin de siècle.
L'histoire pourrait se résumer ainsi : un médecin est obnubilé par la connaissance ultime, celle qui autorise d'embrasser dans son intégralité le Grand Œuvre, celle qui permet de voir l'invisible et de nommer l'indicible, ce que les anciens appellent "voir le grand dieu Pan". Or ce docteur, après bien des années de recherche, découvre le moyen d'atteindre cette révélation par le biais d'une opération chirurgicale. Bien entendu, il pratique l'intervention sur un cobaye (une jolie jeune fille, of course) qui, à son réveil, sombre dans une folie irrémédiable. Pour valider sa théorie, il s'appuie sur un témoin - Clarke - que nous suivrons tout au long du roman. Profondément marqué par ce qu'il vit au cours de l'expérience, Clarke tente d'oublier mais ne peut finalement pas s'empêcher de se consacrer en secret à l'étude des mystères de l'occulte. C'est au cours de ses enquêtes que surgit une jeune femme très intrigante, qui s'avérera cruciale pour la compréhension des événements obscurs qui se succèdent dans le Londres de la fin du XIXème (notamment d'étranges suicides et des faciès déformés par la terreur).
Le grand dieu Pan se dévore avec gourmandise et les amateurs de fantastique se régaleront à sa lecture. Il leur en coûtera 8 euros.
Soulignons la traduction de Paul-Jean Toulet (le premier à avoir adapté le texte, en 1901), qui peut parfois paraître assez désuète mais qui rend plus intense encore le charme romantique du texte.
Précisons enfin, pour remédier à la frustration ressentie une fois ce roman fini, que les éditions Terre de brume proposent un recueil de nouvelles, Chroniques du petit peuple, pour la somme de 18,25 €. Un autre recueil est également disponible chez Panama, La pyramide de feu, dans la belle collection Babel, pour 21 €.

Cinéma de genre : deux récentes parutions capitales

Attention : Dans les griffes de la Hammer est déjà épuisé chez l'éditeur !
Nicolas Stanzick vient de publier aux éditions Scali un livre de première importance, sur l'histoire de la réception en France du cycle de films gothiques, fantastiques de la célèbre firme Hammer. C'est tout à fait passionnant car cette histoire est aussi celle de la naissance de la cinéphilie fantastique dans l'hexagone et, par ricochet et de manière plus générale, de l'apparition de la notion de cinéma bis.
Le livre se divise en deux parties : la première concerne l'étude livrée par l'auteur, quand la deuxième est la retranscription des entretiens menés par Nicolas Stanzick auprès de dix acteurs majeurs de cette cinéphilie (notamment les fondateurs de la revue Midi-Minuit Fantastique, mais aussi Norbert Moutier, Gérard Lenne, Noël Simsolo...). Le tout se lit avec un très grand plaisir.
Voici donc enfin un ouvrage en langue française à placer entre ses livres de chez Creation Books ou FAB Press. Seul bémol : Dans les griffes de la Hammer nous paraît un peu cher, avec ses 29 €. Cela dit, il s'annonce déjà comme un futur classique.

Voilà comment l'auteur présente son travail :
"ne pas s'attacher aux conditions de production des films, ce qui a été fait maintes fois, mais livrer une histoire de la Hammer en France.
A priori l'idée peut paraitre étrange, mais à y regarder de plus près on a là la matière d'une histoire passionnante. En effet, lorsqu'on se focalise sur ce qu'ont pu incarner les films ici, on découvre que c'est avec le cycle Hammer qu'on s'est initié au cinéma fantastique en France. Et ici, en terres cartésiennes, ce n'était pas le plus simple des apprentissages, loin de là! Se souvient-on par exemple qu'il a fallu le déferlement des Frankenstein et des Dracula de Terence Fisher sur nos écrans pour que les livres de Stoker et de Shelley aient enfin droit a des traductions dignes de ce nom? Se souvient-on qu'avant le célèbre Cauchemar de Dracula, pour une immense majorité de français, le nom du comte était inconnu et le vampirisme une notion très floue? Se souvient-on qu'avant le numéro un de Midi-Minuit fantastique consacré à Terence Fisher en 1962, le cinéma fantastique n'avait quasiment pas droit de cité dans la presse? Se souvient-on du tollé qu'ont provoqué les premiers films du cycle? Télérama à l'époque est allé jusqu'à parler "d'école de perversion" qui allait "créer des générations de détraqués"!... Se souvient-on du retournement de veste général lorsqu'après 1968, toute la presse généraliste et cinéma, Télérama, Les Cahiers du Cinéma et Positif compris, ont fini par saluer en Terence Fisher un très grand auteur? Se souvient-on des conditions de diffusions de ces films dans de légendaires salles de quartiers spécialisées, souvent considérées comme dangereuses, mal famées, en tout cas porteuses elles mêmes de savoureuses mythologies?...
Bref, se focaliser sur l'exploitation et la réception de la Hammer en France, c'était un moyen pour moi d'inscrire tout ce pan de cinéma dans l'histoire culturelle des années 60 et 70 au sens large. Mieux, c'était un moyen de révéler une part de la vérité intime de ces films grâce au prisme des regards successifs, positifs ou négatifs, qui se sont portés sur eux au cours de leur tumultueuse histoire. Et au delà, c'était aussi un moyen de tenter d'écrire la première histoire de la cinéphilie fantastique française en m'attachant à son signe de ralliement pendant les deux premières décennies de son existence : la Hammer Films.
Le livre se divise en deux parties. Le récit proprement dit de tous ces événements et de longs entretiens avec des figures historiques de la cinéphilie fantastique française qui racontent leur expérience personnelle de la Hammer : Michel Caen et Jean-Claude Romer (fondateurs de Midi-Minuit fantastique), Alain Schlockoff (fondateur de l'Ecran Fantastique), Jean-François Rauger de la Cinémathèque, Gérard Lenne (auteur d'un livre très important sur le ciné fantastique au début des années 70), Jacques Zimmer (rédac chef de feu La Revue du cinéma), Noel Simsolo (un ex de la grande période des Cahiers du cinéma, absolument fou de Fisher...), Christophe Lemaire (Cofondateur de Starfix avec Christophe Gans), Francis Moury, critique bien connu des forumers de Classik etc. "
(Propos recueillis ici : http://www.dvdclassik.com/forum/viewtopic.php?f=2&t=27722)
(Les affiches proviennent de cette page : http://www.thehammercollection.net/affiches.htm)
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Autre sortie très importante, le livre de Julien Sévéon consacré à la blaxploitation. Là encore, il est extrêmement réjouissant de constater qu'enfin sortent en langue française des ouvrages consacrés à ce cinéma de genre que nous aimons tant !

Présentation :
Remise au goût du jour par Quentin Tarantino et son Jackie Brown, la blaxploitation reste le genre majeur du cinéma américain des années 70. Alors que les Noirs ont été relégués à des rôles secondaires et caricaturaux durant les quelques 60 premières années du cinéma américain, les années 70 vont voir un soudain changement de perception de la communauté afro-américaine. Surprise! Les producteurs hollywoodiens découvrent que les Noirs sont aussi des spectateurs et peuvent donc leur rapporter gros. Soudainement, les Afro-Américains se mettent à tenir les premiers rôles de productions musclées où les héros règlent leur compte à une société raciste, de films d'horreur imitant les succès d'hier ou de western inversant les formules du genre. Le tout sur une atmosphère funky de haute volée. La blaxploitation était née. Oscillant entre films mercantiles et oeuvres véritablement engagées, la blaxploitation est un courant protéiforme qui donna à la communauté noire-américaine ses premiers grands héros et qui permit aux majors de garder la tête hors de l'eau.

# Broché: 192 pages
# Editeur : bazaar&Co (31 juillet 2008)
# Collection : Cinexploitation
# Langue : Français
(Informations récoltées ici : Soul bugalu)
La sortie du Blaxploitation 70's Soul fever nous réjouit d'autant plus qu'il est publié chez un nouvel éditeur, Bazaar & Co. Or, cette toute nouvelle maison annonce des ouvrages qui nous mettent l'eau à la bouche : un livre sur les vigilante movies ; un autre sur le maître Lucio Fulci ; mais aussi la réédition de ce titre indispensable sur le western européen, Il était une fois... le western européen, de Jean-François Giré, épuisé depuis trop longtemps.
Bazaar & Co nous dit également qu'une parution sur les bandes originales de films est en cours, ou encore sur la Shaw brothers, sur les pinku eiga, sur les films de catégorie 3, sur les cinémas de quartier... Bref, voilà prévu tout un corpus affolant, regroupé dans la collection cinexploitation qui viendra enrichir avec bonheur les bibliothèques de tout cinéphile amateur de genres.
signalons que Bazaar & Co ne tombe pas du ciel, venue de nulle part : elle vient d'être fondée par l'ancien éditeur de Dreamland, maison disparue il y a quelques années, qui nous avait enchantés par le passé (études sur Corman, sur Massacre à la tronçonneuse, etc.).
Nous suivrons donc de très près l'évolution de ce travail éditorial, en espérant que tous les titres annoncés verront vraiment le jour !

Timeless, "Madness becomes method" issue (revue graphique)

Nouveau numéro de Timeless !
Un livre à mettre dans toutes les mains, pour un lavement rétinien d'urgence.
Très belle couverture de Loulou Picasso.
Le contenu attaque par un long entretien avec Romain Slocombe (que nous accueillons par ailleurs, au cours de sa résidence au café-lecture Les Voraces). L'article fait la part belle à ses travaux graphiques. Un délice !
Toute la suite de la revue est un régal pour les yeux - certes assez
trash, parfois (pour dire la vérité, contenu ultra explicite !).
"Madness becomes method" nous donne à voir les travaux d'artistes adulés par Grand-Guignol. A foison !
S'il faut donner des noms, disons que ce livre regroupe les plus grands du grav'zine et du graphisme punk, déviant... dégénéré.
"Madness..." suinte aussi l'industriel, le
noise (avis aux amateurs : scrapbook de douze pages de Philip Best, nombreuses photographies de Peter Christopherson, double-page de Jordi Valls, documents d'Intrinsic Action...).
Ce numéro de
Timeless nous offre également une longue entrevue avec Dennis Cooper (ainsi qu'une photographie de Bruce Benderson).
Quant à la partie graphique - la plus copieuse de la revue - la liste des artistes est proprement stupéfiante ! Nombre d'anciens illuminent le livre de leurs oeuvres. On y côtoie généreusement les Bazooka, Elles sont de sortie, Le dernier cri. Et aussi Blanquet, Mirka, Berquet, Pyon. Plus Trevor Brown, Antoine Bernhart, Fredox, Gaspar Noé... Tant d'autres encore, pour notre plus grand plaisir !
Si vous ne fuyez pas en hurlant au loup pervers devant la moindre imagette d'OTA Keiti, si au contraire certains des noms cités vous causent, ne ratez pas ce livre. Il vous coûtera trente euros. Le prix pour 144 pages de bonheur.
Signalons enfin, pour les fortunés, qu'il existe un tirage de tête. Pour l'avoir eu entre les mains, je peux vous garantir que c'est un objet exceptionnel, qui vaut ses 150 euros. Évidemment, stock ultra limité et bientôt épuisé.
Toutes les infos ici :
http://timelesszine.blogspot.com/2008/07/out-now.html
Le tirage de tête :
http://www.timeless-shop.com/description.php?lang=2&id=185&path=7

Michael "Bommi" Baumann, Passages à l'acte (littérature militante)

Quelle bonne nouvelle ! Voici enfin réédité le livre de Baumann après plus de trente ans d'indisponibilité en français.
Ce sont les éditions Nautilus qui se sont attelé à la tâche et nous les en remercions.
Ce livre, écrit en 1975, est un document d'une valeur inestimable sur l'engagement politique dans la RFA des années 1960-70. Surtout, il nous montre précisément l'ambiance et les mentalités de l'époque, décrivant de l'intérieur le passage d'un militant à la lutte armée et à la clandestinité.
Il s'agit là d'une lecture essentielle pour toutes les personnes qui ont conservé intacte leur capacité à s'indigner.
Le livre de "Bommi" (le surnom de cet artificier) incite à la réflexion sur les modalités de la lutte à mener contre les oppresseurs : violence, ou pacifisme ? Et quelle violence : physique, ou symbolique ? Dirigée contre qui, ou quoi ?
Réflexions capitales, certes, mais la valeur du texte se joue ailleurs, nous semble-t-il : Michael Baumann nous livre ici une vision éminemment humaine de l'engagement politique, il n'a de cesse de nous rappeler qu'il vient d'un milieu prolo et qu'il est entré en lutte par la culture, sa culture "sex and drugs and rock'n'roll", là où tant d'autres suivent un chemin tracé par les études. Les préoccupations principales de Baumann sont au nombre de deux : d'une part, faire la révolution bien sûr, mais la révolution du désir et de la jouissance ; ne jamais se couper de la base d'autre part. En ce sens, le jeune "Bommi" s'inscrit dans une démarche proche des conceptions d'un Vaneigem et s'éloigne de la froideur calculatrice de la RAF, par exemple. De plus, Baumann nous rappelle que les mouvements d'extrême-gauche ont pu être truffés de "curés", de peine-à-jouir et de leaders coercitifs (sans parler des infiltrés, ni des mouchards...).
Pour Baumann, la révolution était affaire de sexe, de fun et de culture. Son regard toujours lucide sur les gens et les événements lui a valu de très nombreuses critiques agressives, mais force est de reconnaître que son approche résolument humaine devrait servir de source d'inspiration : que vaut une démarche révolutionnaire qui oublie de placer en son centre l'humain ?
Voilà donc une lecture vivifiante, susceptible de réchauffer les cœurs en ces temps de cynisme et de domination absolue des forces mortifères.

Signalons que l'indispensable ouvrage d'Anne Steiner et Loïc Debray, RAF, Guérilla urbaine en Europe occidentale, est toujours disponible aux éditions L'échappée (14 €)

Mollusk #06 : "Ghana movie posters" (revue graphique)

Gr
Nous avons enfin reçu le numéro 6 de Mollusk (encyclopedia de Bongout), ce qui nous donne l'occasion de parler de cette belle revue, qui devient de plus en plus indispensable au fil des numéros.
Comme son titre l'indique, ce numéro se focalise sur les affiches de cinéma du Ghana, sachant qu'elles sont toutes exécutées sur place, peintes à l'huile sur des sacs en toile. Graphiquement, c'est superbe. Les choix effectués se portent volontiers vers le fantastique et le ciné bis. Les affiches sont plutôt troublantes, entre Chéri Samba et les grandes heures du Grand-Guignol (puis des cinémas de quartier).
Pour ceux qui connaissent le livre qui était sorti au Dernier Cri, ce numéro de Mollusk n'est pas révolutionnaire, mais il prolonge ce travail de façon enrichissante.
Ce petit livre était attendu depuis déjà pas mal de temps et nous sommes séduits, maintenant que nous l'avons entre les mains.

Quant aux précédents numéros de cette revue, ils s'avèrent tous indispensables. Les quatre premières livraisons étaient vraiment dans un format de revue, présentant les travaux de divers artistes. Le numéro cinq, quant à lui, était une monographie consacrée au génial Pascal Doury.
Quant au numéro sept, il sera dévolu aux polaroïds, dont la disparition est déjà annoncée.
A suivre de près !

POUTRE APPARENTE, musiques protubérantes (label)

Poutre Apparente. Joli nom pour un label, cosy et viril. Un jeune label parisien dédié et dévoué au vinyle.
On l'avait remarqué dès sa création, instantanément, car c'est là que les Corses de l'est d'Ich Bin avaient jeté leur... heu... Enfin, disons que c'est Poutre Apparente qui a osé sortir en vinyle leur album, "Obéis !". Paie ta première référence ! Ce disque est un des plus grands best-sellers chez Grand-Guignol. Electrotrash, chargé de fiel et de bad vibes, "Obéis !" est tel un arbite de foutre qui crache son venin sur des poussins. Il a tourné en boucle dans la première boutique, rue sergent Blandan, à rendre tout le monde fou ! Et la pochette était un événement en soi (n'hésitez pas à cliquer sur l'image pour l'agrandir et jouir des détails). Puis, il s'est épuisé. On en a vu, des frustrés entrer le réclamer pendant cette période maudite de disette. Et là, le label l'a repressé. Ouf de soulagement poussé dans toute la ville. Malheureusement, de courte durée car le deuxième tirage est parti comme une trainée de poudre. On espère en se rongeant les ongles que le troisième pressage ne saurait trop tarder.
Pour se consoler, on se passe super fort les deux EPs sortis ensuite sur le même label. Le premier est la réédition d'un 7'' de 79, le magique "Low Flying Aircraft", d'Anne Bean et Paul Burwell sous le nom de Pulp Music. Et c'est un disque indispensable. Je sais que c'est un adjectif qui revient souvent sur ce blog mais on ne peut pas y couper : si vous aimez le post-punk et les morceaux bizarres qui vous filent la chair de poule (et, on est quelques-uns à l'avouer, un début de headbanging), vous devez avoir ce disque dans votre discothèque. C'est complètement épuré et ça marche à fond, DIY-style : on est transportés avec juste un jeu de batterie (du regretté Paul Burwell), une voix stridente, de la distorsion et du feedback. C'est sauvage, aride et obsédant. On se surprend à partir avec la chanson phare pour une destination trop rare : le territoire du plaisir musical pur.
Le coup de génie, c'est que le 45 tours suivant nous amène, par un trajet différent, dans le même territoire, aussi intensément. Ruth fut un groupe mené par Thierry Müller, musicien français injustement méconnu et néanmoins absolument génial ! Le 45 tours offre sans doute deux des meilleurs morceaux de rock français. Et franchement, on ne plaisante pas ! Jetez un oeil à la pochette et demandez-vous si ça colle avec cette affirmation : "Mon pote et Mescalito sont deux des tout meilleurs morceaux de rock français". On vous le dit tout net : c'est le disque qui a été écouté le plus fort à Grand-Guignol. Les chansons datent de 1978 et font partie du patrimoine caché de la musique. Il y a quelque chose de fou avec ces morceaux, on se demande comment il est possible que ce soit aussi bon et qu'on n'en entende à nouveau parler qu'aussi tard. Sans doute un de ces secrets que les amateurs gardent entre eux. N'hésitez pas à rejoindre la troupe des convertis et abandonnez-vous dans la sauvage volupté électrifiée que Poutre Apparente vous sert sur un plateau (et pour les plus fous d'entre vous, sachez qu'il existe un cd compilant certaines des aventures musicales de Thierry Müller les plus passionnantes, sur l'excellent label Fractal).
Enfin, nous avons reçu récemment le volume 1 fraichement pressé de la compilation IVG - Instruction Vinylique Générale - Futur antérieur 1975-1985, regroupant certains des groupes français post-punk et expérimentaux préférés du label. Et ils ont bon goût. Jugez plutôt : Théâtre Commercial (deux courts morceaux), le Déficit Des Années Antérieures (dont il faudra absolument qu'on parle plus longuement sur ce blog), Atom Cristal, Ruth (que nous venons juste d'évoquer plus haut), C.O.M.A, la belle Nini Raviolette, Crise de Nerf, Stabat Stable, Proroky, Warum Joe, Dead Heat, Spotch Forcey et leur "Frustré", notre morceau préféré de la compile, avec le suivant : "Pat'lin d'merde", des excellents strasbourgeois d'Alesia Cosmos.
Voilà donc une sortie très importante qui s'inscrit dans le trop restreint travail actuel d'exhumation des pépites expérimentales françaises (on pense notamment aux initiatives primordiales de Dominique Grimaud avec sa collection les Zut-O-Pistes, ou au catalogue des labels Spalax et Fractal). IVG est un parfait pendant vinylique à l'essentiel DVD RVB~TRANSFERT, qui nous restitue les images de cette époque au travers de plus de trois heures de clips de cette même scène française (1979-1991). Si vous voulez comprendre pourquoi les artistes français ont joué un rôle primordial dans le champ mondial des musiques différentes, voilà un disque à vous procurer absolument. On espère un volume 2 et, pourquoi pas, un double LP.


Concluons en vantant les objets eux-mêmes : quatre disques superbes, un travail d'édition soigné, on voit que le label prend son temps et s'impose petit à petit (certes, dans la rareté). Les choix dessinent un territoire esthétique et historique dans lequel nous nous reconnaissons complètement. Concrétiser ces émotions sur vinyle nous comble. En tout cas, voilà quatre artefacts bientôt fétiches.
Le label s'appelle POUTRE APPARENTE.
Voici son site web (avec extraits en ligne) : http://poutreapparente.free.fr/index.htm

Le Muscle Carabiné, Etat Second (revue graphique)

Nous avons reçu la deuxième mouture du Muscle carabiné, cette magnifique revue éditée par Stéphane Blanquet chez United Dead Artists.
Le livre est pris dans une double couverture de Daisuke ICHIBA (façon gatefold) qui annonce la couleur : nous sommes en présence d'un superbe ouvrage, au-dessus du lot. Papier épais de grande qualité, impression impeccable, format 30X40 généreux. Et dessin somptueux !
Le Muscle est un ouvrage collectif, à la table des matières affolante. Ouvrez l'état second et vous vous offrez deux pages de Doury, dont une en quadrichromie (beaucoup de choses à savourer autour de l'œuvre de Pascal Doury en ce moment). Poussez à peine plus profond et vous voici surmontés des opulentes femmes de Namio HARUKAWA. Puis Robert Crumb vous est donné à voir, suivi de Blanquet lui-même pour un dessin bien poisseux. Chaque artiste bénéficie de deux pages (pour un total de 40 pages). Plusieurs d'entre eux en profitent pour nous gratifier d'une fresque sur une double page. Quadri pour Doury, Sandlin, Mimiyo et BlexBolex.
Le supplément de ce numéro est La jolie colonie de vacances, très beau texte érotique de Marie-Laure Dagoit (par ailleurs éditrice des éditions Derrière la salle bains), embelli d'une magnifique couverture de Berquet avec Mirka pour modèle. Petit format de 12X18 cm.
Pour revenir à l'ouvrage principal, on trouve des pages magnifiques de Jonathon Rosen, de Berquet et Mirka. La double-page de Placid est très musclée, tout comme celle de Bruno Richard et ses dessins somptueux (aussi dans toute l'atrocité des sujets). En fait, tout est trop beau pour mentionner tel artiste et pas tel autre. C'est indispensable, tout simplement. Et comme l'était le premier jet du Muscle. D'ailleurs, il reste encore quelques exemplaires du premier numéro de ce qui s'impose en deux essais comme des livres instantanément collectors. Nous vous conseillons plus que chaudement de vous jeter dessus ! Si vous aimez le graphisme et le dessin, Les Muscles Carabinés vous sont indispensables. Sachez que chaque numéro coûte 15 euros.
15 euros !!! Nous sommes les premiers à nous plaindre du prix des livres français, mais là il n'y a rien à dire, si ce n'est "comment est-ce possible ?"
A Grand-Guignol, on applaudit à s'en faire des crampes, tant excitants sont ces Muscles Carabinés.
Pour finir de vous en convaincre, voici les artistes qui avaient contribué au premier numéro : Charles Burns en première de couv', Blanquet en quatrième ; Daisuke ICHIBA, Jonathon Rosen, Ted Jouflas, Muzo, Gilles Berquet, Bruno Richard, Aurélie William Levaux (très belle découverte, pour notre part), Nemoto, Killofer, Pierre la Police, David Fair, Mirka Lugosi, Blanquet, Atak, Francesco Defourny, Chris Hipkiss, Lolmède, Hayashi YOSHIFUMI, Anne Van Der Linden, Xavier Robel. Et BlexBolex en complément (polychromie).
De nombreux artistes figurent dans les deux numéros pour deux fois plus de plaisir. Immense. Bravo pour ces deux coups de maître ! Deux soleils ardents dans l'édition actuelle.

(Hormis la dernière, toutes les images proviennent du journal de Stéphane Blanquet : http://www.blanquet.com/journal/index.php/)
Le site United Dead Artists
Celui de Blanquet :
http://www.blanquet.com/

Tanzprocesz (label)

Certains auront sans doute remarqué quelques cassettes audio (oui, avec de la musique dessus...) qui traînent ça et là dans la librairie. Intrigantes, minimales (quasi zéro info dessus), belles, elles sont l'œuvre du label tanzprocesz, qui nous passionne à Grand-Guignol !
On a laissé quelque temps une cassette d'Evil Moisture vivre sa vie au comptoir de la boutique. Elle était vraiment canon - normal, elle fait partie de la série des procession tapes, toutes "designées" par Jonas Delaborde (dont nous avons déjà parlé à propos de Nazi Knife). Evidemment, elle a fini par être achetée par un amateur de noise music au bon goût. C'est totalement épuisé depuis, comme toujours avec ce label : les objets sont tous tirés en série ultra limitée et une fois qu'il n'y en a plus, c'est dead à jamais !
Bon, Tanzprocesz, ce n'est pas que des cassettes, c'est aussi des Cds, tous pris dans des écrins faits main de toute beauté.
Quant au contenu, ben c'est un truc du genre "experiMENTAL weirD improV deKontrusCTioN posTposTprOTOpoST primITiVe FuTuriST juNk EleKTROniKq NoiZ plunDERphoniKZ TURNtabliZm & etc.........", comme dit par Jo, l'animateur du label. C'est beaucoup de gros sons, très noise et bordélique, ça oscille entre l'étonnant et le franchement passionnant.
On se régale pour en plus des prix ultra modiques.
Notons que Jo, qui gère à peu près tout du label tout seul, est membre du duo Placenta Popeye, que nous avons eu la chance de voir en live chez nous pour un concert qui nous a tous foutu une putain de banane ! Jo joue aussi régulièrement avec Pakito Bolino, du Dernier Cri. On les avait vus au Rail théâtre il y a quelques temps, jouer avec Chewbacca devant le film "Les religions sauvages", pour ce qui fut une des meilleures soirées de ces dernières années à Lyon (pendant que la hype était au concert de Battles... nan j'déconne). Putain d'underground not dead !!!, qu'on n'arrête pas de vous hurler dans les oreilles !
Bien : on attend avec une grande impatience les prochaines sorties du label, avec notamment un disque de kommissar hjuler/mamma baer (miam !!!), ainsi que le cdr des messins Plastobeton, un groupe qui "bute sa mère" (dixit Jo).
Vous l'aurez compris : on est ultra fans de Tanzprocesz et on vous incite à vous rendre de ce pas sur le site du label. Vous pourrez y télécharger des purs MP3s (y'a des Smegma, des Placenta Popeye, et plein d'autres merveilles à se mettre sur l'oreille - ou un truc dans l'genre).
TANZPROCESZ

Quais du polar et L'étrange festival

Puisque Grand-Guignol tient un stand sur ces deux festivals, voici l'occasion de présenter deux événements importants pour la vie culturelle lyonnaise.
D'abord L'étrange festival : il s'agit de la première édition lyonnaise de ce que nous considérons comme le meilleur festival français de cinéma. Bienvenue donc entre Rhône et Saône au cinéma différent, audacieux, aux films politiquement incorrects, au coup de pied dans la fourmilière fixé sur celluloïd.
L'étrange festival, c'est à la base une aventure parisienne qui a vu le jour en 1993, il y a donc un sacré bail, déjà. L'étrange festival, ce sont quatorze éditions à ce jour, dévolues aux films difficiles, rares - voire exclusifs. Ce sont des rétrospectives salutaires en présence des réalisateurs (H. G. Lewis, Masaru Konuma, Teruo Ishii, etc.), des nuits spéciales où l'on a pu voir ou revoir sur grand écran des chefs d'œuvre tels que Maniac, Le crocodile de la mort, Kiss contre les fantômes, Deadbeat at dawn... Et puis, récemment, L'étrange festival de Paris, c'est aussi L'étrange musique, avec des concerts d'artistes hors-normes comme Diamanda Galàs, The Red Krayola... et des films comme L'ange de Patrick Bokanowski (mis en musique par sa femme Michèle Bokanowski, talentueuse compositrice de musique acousmatique). Autant l'avouer tout de suite : à Grand-Guignol nous sommes des fans absolus de ce festival ! Quelle excellente nouvelle donc que cette initiative ! L'implantation lyonnaise de L'étrange festival va faire du bien aux amateurs d'images fortes, car depuis que les copains de Kritikator ont mis leurs activités de cinéphiles entre parenthèses, le zombie se faisait rare et il était de plus en plus difficile de se payer une toile en ricanant comme des ados abrutis sur un film de genre bien crétin ! Il était devenu compliqué de s'émouvoir devant un bon pinku eiga ou de se payer une grosse tranche bien grasse de gore qui tâche...

On se réjouit donc que les Lyonnais de ZoneBis se soient retroussé les manches pour nous amener sur un plateau un premier programme prometteur et qui annonce la couleur dès la première édition : Jean Rollin (présent), Joël Séria (présent également), une soirée rigolotrash, une théma corruptio - nous soulignons d'ailleurs la présence d'un film à ne pas rater dans cette théma, le giallo bien dégueu La polizia chiede aiuto (La lame infernale, ou encore L'âme infernale, en VF), réalisé par Massimo Dallamano deux ans après son chef d'œuvre du genre, Cosa avete fatto a Solange (Mais... qu'avez-vous fait à Solange ?, 1972).
A ne pas rater non plus, le documentaire Llik your idols, d'Angélique Bosio, sur les artistes sulfureux de la scène new-yorkaise des 80s (Nick Zedd, Richard Kern, Lydia Lunch, Thurston Moore, ainsi que le peintre Joe Coleman - qui avait déjà fait l'objet d'un film documentaire lui étant entièrement consacré, évidemment diffusé à L'étrange Festival à Paris au sein d'une théma Apocalypse culture).

Enfin, ne manquez pas non plus la belle exposition consacrée aux sérigraphies de Jesse Phillips, montée à cette occasion par Black Cat Bones (un des tout meilleurs éditeurs lyonnais, nous y reviendrons un jour prochain). Vernissage de l'exposition et ouverture du festival mercredi 26 mars à 19 heures, au cinéma Comoedia, avenue Berthelot (Lyon 7ème).
Ne boudez pas votre plaisir, allez- y !
On vous redonne le lien, vous n'aurez plus aucune excuse :
http://www.etrangefestival.com/

Les Quais du polar : 4ème édition.
4 ans ! Il n'aura fallu que quatre années pour que ce festival consacré exclusivement au polar s'impose comme un important rendez-vous international pour tous les amateurs de frissons noirs et rouge sang. Chaque année, c'est durant le dernier weekend de mars que la poudre répand son parfum dans toute la ville (ville qui vit l'implantation du premier laboratoire de police scientifique en 1910) et que les meilleurs auteurs du genre se donnent rendez-vous. Au programme : conférences, rencontres, signatures, remise de prix. Mais aussi projections de films noirs (à l'Institut Lumière).
Grand-Guignol participe à ce rendez-vous incontournable depuis sa création et, depuis le début, nous essayons d'y apporter notre touche spécifique : exposition d'affiches originales (avec Marco) et concerts avec nos potes d'H.A.K. A ce propos,vous pourrez assister cette année à un live de Sarah Monn et Kid Parrot, samedi 29 mars entre 13h et 14h au palais Bondy (gratuit).
Nous accueillons aussi, comme tous les autres libraires présents, des auteurs en signature. Et, cette année, nous sommes particulièrement heureux des écrivains qui seront présents à notre stand :

Arnaldur Indridason, à l'occasion de la sortie de son dernier opus, L'homme du lac (éditions Métailié), fortement pressenti pour obtenir un prix ;
Joe Lansdale, le génial auteur texan qui nous régale avec ses romans déjantés, fourmillant de personnages attachants et déglingués (dernier ouvrage en date : Tsunami mexicain, paru à la Série Noire) ;
Jake Lamar, auteur américain vivant en France et publiant chez Rivages, dont Rendez-vous dans le 18ème, son dernier ouvrage paru ;
Nick Stone pour son premier roman Tonton Clarinette paru à la Série Noire (cf infra, post Tonton Clarinette) ;
Piergiorgio Di Cara, spécialiste de la mafia sicilienne, auteur de trois romans aux éditions Métailié (Ile noire, L'âme à l'épaule et le dernier :Verre froid) ;
Jean-Marc Souvira, dont le premier roman Le magicien vient de sortir aux éditions du Fleuve Noir.

Nous avons également invité les Moutons électriques, excellente maison d'édition lyonnaise consacrée aux mauvais genres. A cette occasion, l'auteur Nicolas Le Breton signera son premier roman Le maître des gargouilles, polar historique se déroulant dans les ruelles du Lyon du 14ème siècle. André-François Ruaud, auteur et éditeur des Moutons électriques, sera également présent et il signera ses ouvrages.
Venez nombreux nous rendre visite au palais Bondy, du vendredi 28 au dimanche 30 mars 2008.
Le site des Quais du polar :
http://www.quaisdupolar.com

Art Spiegelman, Breakdowns (réédition 2008)

Enfin !
Il aura fallu attendre plus de trente ans pour que soit édité en France le mythique album d'Art Spiegelman, Breakdowns.
Une trentaine d'années où rares étaient ceux en possession du chef d'oeuvre, tiré seulement à 4000 exemplaires, aux éditions Nostalgia Press (en fait, Belier Press), aux Etats-Unis. Jamais réédité depuis. Jusqu'à ce que, cette semaine, les éditions Casterman lâchent la bombe dans les rayons des bonnes (et moins bonnes, d'ailleurs...) librairies francophones.
Nous avons eu la chance, à Grand-Guignol, de disposer d'un exemplaire de la première édition de 1977. C'était beau, mais vraiment le prix était indécent !
Aujourd'hui, pour 25 euros, vous pouvez acquérir cette merveille du neuvième art !

Composée de trois parties, cette nouvelle édition s'avère passionnante à bien des égards, dans la mesure où elle enrichit véritablement l'album original. En effet, la première partie regroupe des travaux autobiographiques des deux dernières années.
La deuxième partie reprend l'album en tant que tel.
Enfin, la dernière partie revient sur les motivations de Spiegelman à concevoir Breakdowns.
C'est intelligent, expérimental et artisanal tout à la fois. Et c'est un travail prodigieux sur les possibilités offertes par la bande dessinée. D'ailleurs, toutes les planches respirent l'amour de cet art. C'est grand !
Pas étonnant que cet auteur génial ait reçu par la suite le Pulitzer, pour son travail le plus connu, Maus.
A relire Breakdowns, on se dit qu'en bédé, finalement, toutes ces recherches formelles menées dans les années 70 auront accouché d'une immense déception, tant les œuvres novatrices ont cédé le pas face au retour à un graphisme convenu, ainsi que sous les coups de boutoir de l'autofiction narcissique et chiante (alors même que Maus semblait déjà avoir épuisé le genre et paraissait indépassable).
De fait, si la plupart des promesses d'une révolution graphique et narrative passionnante, condensées dans Breakdowns, furent déçues par la suite, c'est peut-être que le jeune Spiegelman avait placé d'emblée la barre trop haut.
Quoi qu'il en soit, nous vous conseillons chaudement de vous jeter sur cet indispensable recueil des œuvres de jeunesse d'un maître absolu de cet art que peut être parfois la bande dessinée - art qu'il a fortement contribué à rendre adulte.
Et puis, qui sait, un jour peut-être sera rééditée la revue Raw, qu'animaient Spiegelman et sa femme Françoise Mouly à New York, dans les années 80. On en rêve, tant Raw concentrait ce qui se faisait de mieux en BD et en illustration dans le monde. En attendant, l'édition de Breakdowns est incontestablement la meilleure nouvelle de ce début d'année 2008 !

S.P.K. DESPAIR, 2007 (DVD)


Vivisection /
dissection /
chair meurtrie /
pornographie /
métal sur métal /
larsen, bruit sourd, cris, guitares saturées, bandes malmenées /
Shock tactics /
Pas de doute : bienvenue en 1979, cœur de l'enfer industriel.
"Dieu est mort, Marx est mort. Et je ne me sens moi-même pas si bien..." Dénoncer l'aliénation coûte que coûte, à coups d'agression sensorielle, puisqu'il n'y a plus que ça qui pourrait peut-être marcher. Ultime tentative désespérée de provoquer une réaction chez ses contemporains - autant dire dernière danse avant le grand saut dans le territoire des morts-vivants.

Car le projet a foiré... même SPK a fini par nous servir la soupe insipide des années 80. Et, dans un grand raccourci, nous sommes désormais censés nous extasier devant de la pop-folk guillerette en prenant la pose. Ce n'est pas qu'on n'aime pas Devendra Banhart ou Cocorosie, mais c'était sans compter sur le retour du refoulé... L'indus ne nous avait pas suffisamment pété la tête : tout le délire novö pour post-humain blasé ne nous parlait que de notre condition du moment - 2008, rien n'a changé, si ce n'est que l'agonie a duré 30 ans de plus. Est-ce un hasard si nous sommes à nouveau dévasté par un raz-de-marée de musique noise ? La Bande originale parfaite de l'apocalypse rampante. Alors, lève-toi et danse dans ton salon ! T'insères le DVD dans ton lecteur, tu pousses le volume à fond et tu t'laisses ravager par ce témoignage de première main de la culture industrielle. Y'a pas d'embrouille : 1979-1982, SPK rules! Ce DVD est un document d'une valeur inestimable, illustration parfaite d'une époque où l'on n'avait pas encore définitivement lâché l'affaire. Une époque où l'on pensait qu'un bon coup de latte dans les tripes pouvait toujours faire office de philo à coups de marteau. Certes, la démarche peut parfois sembler naïve, rétrospectivement, mais aujourd'hui on le sait, SPK avait raison : la catastrophe n'a jamais été aussi imminente. Et alors ? raison de plus pour jouir sans entraves de cette coulée de lave incandescente qu'on appelait "musique industrielle".
On trouve sur Youtube les clips de Despair, d'après la VHS d'époque. La qualité est vraiment pourrie, mais ça donne une bonne idée de ce qui vous attend sur ce DVD.
Despair sur Youtube

Nick Stone, Tonton Clarinette (polar)

Tonton Clarinette, c'est une sorte de croque-mitaine, en Haïti. C'est surtout l'excellent premier roman de Nick Stone, qui signe en grandes pompes son entrée dans l'univers du polar noir (à noter que ce livre a reçu le Ian Fleming Steel Dagger 2006 et le Macavity Award 2007 du meilleur premier roman). Le livre est sorti chez Gallimard, à la Série Noire, le 14 février 2008. Il coûte 22,50 euros.

L'argument est simple : Max Mingus - un privé, ancien flic à Miami -, finit de purger sa peine après avoir buté des gosses shootés au crack qui avaient fait subir des saloperies à une gamine. Il se retrouve seul et démuni à sa sortie de taule, désespéré aussi, étant devenu veuf pendant qu'il était au placard. C'est là qu'on lui propose un énorme pacson de biftons pour retrouver le gamin d'une très "bonne" famille en Haïti... autant dire en enfer !
N'ayant aucun avenir aux Etats-Unis, Mingus accepte d'enquêter et se rend dans l'île.
L'intrigue se déroule à la fin des années 90, sur fond d'occupation américaine, censée restaurer la démocratie dans le pays (une vieille habitude...). Les anciens tontons macoute rôdent aussi, eux qui étaient les bras armés des Duvalier, répandant la terreur parmi la population. Le roman baigne tout entier dans le vaudou, la corruption et la misère. Dans le stupre aussi. Nick Stone finit par nous dresser un portrait passionnant et désespérant d'Haïti, personnage principal du livre.
C'est sombre, très sombre ; les protagonistes sont tous attachants, ambivalents. L'écriture est limpide et l'on ne s'ennuie pas une seule seconde dans ce gros volume de 608 pages (on en voudrait plus, d'ailleurs).
On a adoré.
A noter : Nick Stone sera présent au festival Quais du polar les 28,29 et 30 mars 2008 au palais de Bondy, à Lyon. Il dédicacera son livre sur le stand que nous tiendrons là-bas (autres auteurs présents à notre stand : Arnaldur Indridason, Jake Lamar, Joe Lansdale, Piergiorgio Di Cara et Jean-Marc Souvira).
Le site des Quais du polar.

La chronique du livre sur le site des éditions Gallimard :
"« Ici, ce sont les morts qui gouvernent. »
Pour Max Mingus, privé de Miami, l'offre est tentante : dix millions de dollars pour mettre la main sur Charlie Carver, fils d'une grande famille haïtienne, introuvable depuis plus de trois ans.
Charlie a disparu en Haïti, comme des dizaines d'autres enfants volatilisés depuis des décennies. Dans un pays dominé par le vaudou, nombreux sont ceux à évoquer la magie noire et une figure mythique, Tonton Clarinette, un dieu charmeur d'enfants qui les entraîne loin de leurs familles.
Mais qui est donc Tonton Clarinette ? Un joueur de flûte qui hypnotise des victimes ? Un voleur d'âmes ? Un tueur en série ? Pour le découvrir, Max devra réussir là où d'autres détectives ont non seulement échoué mais perdu la vie. Très vite la question pour Max n'est plus seulement de retrouver Charlie mais de sauver sa peau.
Baroque, haletant,
Tonton Clarinette ensorcellera jusqu'au plus averti des amateurs de thrillers."

Nazi Knife #4 (graphic zine from France)

Nous avons reçu le numéro 4 du graphzine Nazi Knife (les trois précédents numéros sont tous épuisés), publié par Jonas Delaborde et Hendrik Hegray (avec la participation d'Eugène Kerozen).
Nazi Knife regroupe la crème de la jeune génération de dessinateurs Français, ainsi que certains des graphistes Américains les plus excitants du moment (notamment de la constellation PictureBox).
C'est nerveux, ça déborde d'énergie et de traits acérés, de collages furieux. C'est parfois méchant, parfois stupide, ça peut être naïf aussi, bref : c'est excellent !

Les choses bougent beaucoup du côté du dessin et de l'illustration, où nombre d'artistes sont très impliqués dans la scène musicale noise, et vice-versa (par exemple, John Olson - du groupe Wolf Eyes - publie des collages dans ce numéro de Nazi Knife). De nombreux jeunes artistes bousculent les conventions avec vigueur et irrévérence. On en avait eu un aperçu avec le numéro 1 de Frédéric Magazine, mais Nazi Knife pousse le bouchon beaucoup plus loin et de manière vraiment passionnante !
En vente à la librairie, au prix de 12 euros.

Plus de contenu sur le site de Nazi Knife