Vinyles ! Vinyles ! Vinyles !

Micro_Penis, S/T, Doubtful Sounds, 2009. 14 €. 300 exemplaires.
On attaque avec un disque très bien, entre folie furieuse et art brut, une véritable exploration antipsychiatrique de la musique. Ces quatre Mulhousiens de Micro_Penis nous ont séduits, à force de bêtise et de bons sons qui s'incrustent dans nos têtes jusqu'à ne plus nous lâcher.
Bien sûr, on ne les croit pas vraiment aussi fous que ça, mais ils nous rappellent en quelques sorte Les idiots, de Lars Von trier. Cette musique paraît de prime abord complètement déstructurée voire dispersée, mais à la réécoute c'est beaucoup plus malin que ça : ça raconte une histoire, qu'on n'est pas sûrs de vouloir entendre, mais qui nous rend moins cons malgré nous. Salutaire.

Ellen Fullman & Konrad Sprenger, Ort. Choose records, 2004. 17 €.
Plus connue pour son long string instrument (de longs fils accordés en intonation juste, dans le sillage de La Monte Young, qu'elle fait sonner avec les doigts ou un archet), Ellen Fullman nous livre ici un disque fantastique. Il s'agit d'une incursion dans l'americana, beaucoup plus pop que les autres disques qu'elle avait sortis jusqu'à présent. Que les chansons soient entraînantes ou plus lancinantes, Fullman et Sprenger accordent une grande attention aux sons qu'ils utilisent et le résultat est superbe. Ce disque est un alliage sublime entre musique populaire et attachement aux sonorités ancré dans le minimalisme américain. Un régal !
Nous avons également reçu deux albums de Konrad Sprenger seul et c'est tout aussi bien !

Pulse Emitter, Decaying ships, Ultra Eczema, 2009. 20 €. 300 exemplaires.
Excellent disque de musique électronique tripée !
Daryl Groetsch joue du synthétiseur modulaire analogique et ça s'entend : les sons ici sont chauds, dynamiques, ça vrille et virevolte dans tous les sens. Véritable voyage en terrain lysergique, on plane à mort au cours des deux longues montées contenues sur chaque face. En clair, c'est complètement psyché et stupéfiant. On adore !
Et puis, comme toujours chez Ultra Eczema, la pochette est très classe.
Autres sorties remarquées sur ce label : l'excellent album Meat receiving, des Glands of external secretions, ainsi que l'indispensable Basement Recordings 1978-1982, du Belge Leo Coomans (un disque qui nous fait penser aux expériences musicales menées par les artistes Fluxus, un peu).

En parlant de Fluxus, nous avons reçu l'album Babb's bridge, d'Id m theft able, qui pour le coup nous évoque vraiment la musique produite par ce mouvement. Un bon gros bordel qui part dans tous les sens, un gloubiboulga de trompette, grosse caisse, poésie sonore, cassettes et autres bricolages improbables. C'est assez éprouvant mais vraiment jouissif. Et non dénué d'humour. C'est sorti sur les labels Veglia, King Fondue, Zeikzak et Taped Sounds en 2009. 14 €. Une pépite obscure.

El G, Capitaine présent #5, Nashazphone, 2009. 19 €. LP monoface tiré à 160 exemplaires.
L'excellent label égyptien Nashazphone sort six vinyles d'un coup et ils sont tous très bons. On choisit de parler d'El-G parce qu'on est de grands fans de ce fol explorateur de sa propre psyché.
Cette cinquième livraison de sa série des Capitaine présent est tour à tour très drôle, profondément débile, et sombre, voire désabusée. Ça parle d'amour, d'adolescence et de mauvaises blagues. Vous allez adorer. Vive El G !
Les autres sorties du label : Birds of Delay (excellents drones psychédéliques et pochette bien belle d'Hendrik Hegray), Wasteland Jazz Unit (une sorte de free jazz bien barré), Astreinte (musique bruitiste très bien gaulée et belle pochette de Jonas Delaborde), Slither (sans doute la meilleure galette de cette fournée, un violent trip !) et Ashtray Navigations (mais nous n'en avons déjà plus, de celui-là...).

The New Monuments, new monuments, Important Records, 2009. 15 €. Tirage de 500 copies.
Excellent trio composé de Don Dietrich au saxophone (membre des légendaires Borbetomagus), de Ben Hall (Graveyards) à la batterie et de C. Spencer Yeh (Burning Star Core) au violon et à l'électronique.
Cet enregistrement live à Glasgow date de 2008. On en prend plein les oreilles tellement cette musique déborde de partout ! C'est physique, extrêmement intense et en même temps ça sonne très juste : ce n'est pas que du boucan (bon, c'est très noise, quand même). Nous on raffole de cette énergie folle qui nous colle une patate démente. Dans cette veine, un grand disque.

Le Drapeau Noir, S/T, Chironex, 2009. 14 €.
Le Drapeau Noir, c'est Chora, The Hunter Gracchus et Part wild horses mane on both sides. Autant dire que c'est totalement improvisé (disque tiré de sessions à Lyon, d'ailleurs). Par moments, ce disque nous évoque de grandes références du free jazz, tout en feeling à la fois bancal et fragile. Mais puissant également quand les huit musiciens jouent ensemble pour créer un maelström sonore qui nous enveloppe de bien belle manière. Tout au long du disque, les cordes et vents maintiennent une tension captivante et allient de manière passionnante sons continus et phrasés en spirale. On aime beaucoup.
A signaler, chez Chironex également, la sortie d'un LP de Part wild horses mane on both sides, très bon lui aussi. Et il nous reste un exemplaire de l'album de Hunter Gracchus (épuisé chez le label). Une scène musicale bouillonnante à suivre de près.

The Horribly Wrong, C'mon and bleed with the Horribly Wrong, Eradicator records & Shit in can records, 2009. 14 €. 500 copies (dont 100 rouges marbrés, dont font partie nos exemplaires).
The Horribly Wrong sévit de 2002 à 2005, diffusant un rock'n'roll bien carré, aux forts accents garage comme on aime. Son cradingue, chant punk, accords de raccroc, c'est basique et terriblement efficace.
Cet album remonte à 2004 mais ne vit jamais le jour hors de quelques CDRs. C'est donc une très bonne initiative de rendre enfin justice à ce chouette enregistrement ! Un excellent disque pour danser comme des crétins.

Jeudi 10 décembre : rencontre avec Florence de Mèredieu autour d'Artaud

Nous avons l'honneur d'accueillir jeudi 10 décembre 2009 à 19 heures, Florence de Mèredieu pour une rencontre-débat sur Antonin Artaud et le théâtre. Nous aborderons notamment la question des relations qu'entretenait Artaud au Grand-Guignol.
Entrée libre.

Le blog de Florence de Mèredieu.

Le site des éditions Blusson, où madame de Mèredieu a publié cinq ouvrages sur Artaud :
http://www.editions-blusson.com/
Elle a également sorti deux ouvrages de référence chez Fayard, C'était Antonin Artaud en 2006, et L'affaire Artaud en mars 2009.

Nos lectures du moment

Ronald Creagh, Utopies américaines, expériences libertaires du XIXè siècle à nos jours, Agone, 400 pages, 24€. Paru le 13/10/2009.
Excellent ouvrage sur les diverses tentatives américaines de vivre ensemble différemment. Nous avons adoré cette lecture, galvanisante.

"Du voyage du socialiste gallois Robert Owen en 1825 aux premières communautés fouriéristes, des mouvements contestataires des années 1960 à l’écologie et aux groupes punks ou lesbiens d’aujourd’hui, les États-Unis ont abrité nombre de communautés utopiques. Souvent installés comme jadis les moines dans des paysages magnifiques et isolés, mais aussi dans l’hôtel d’un village de l’ancienne Réserve de l’Ouest ou exploitant une mine de charbon sur leur territoire, ces groupes mettent à l’épreuve une volonté de vivre en dehors de la logique de la société dominante.
En revenant sur près de deux siècles d’expériences communautaires, ce livre lève non seulement le voile sur un phénomène méconnu et toujours actuel, mais le réinsère parmi les tentatives de lutte contre un système omnipotent, ouvrant une autre voie, originale et non exclusive, vers l’émancipation sociale."

Thomas H. Cook, Les liens du sang, Série Noire, 20€. Paru le 5 novembre 2009.
Voici un très bon roman noir sur la famille et ses sales petits secrets, mais aussi une belle réflexion sur la lecture. Magnifique.

"Petit avocat de province, David Sears a grandi sous l'autorité d'un père fou, surnommé le Vieux, et dans l'ombre de sa soeur, l'intellectuelle Diana, promise à un brillant avenir.
Mais cette dernière a donné le jour à Jason, un garçon schizophrène dont le père, Mark, spécialiste de génétique, n'acceptera jamais la maladie. Lorsque cet enfant se noie, l'enfer ne fait que commencer. Diana refuse la thèse de l'accident et soupçonne Mark d'avoir poussé leur fils à la mort. Elle adopte alors un comportement de plus en plus étrange, envoie à son frère des messages sur d'anciens crimes rituels et exhume de vieilles histoires sordides à seule fin d'étayer ses accusations.
Quand elle finit par emmener dans son sillage la propre fille de David, la situation devient intenable. Tiraillé entre la volonté de défendre sa soeur, ses craintes sur sa santé mentale et les éléments troublants de l'enquête, David décide de faire à son tour la lumière sur la mort du jeune Jason, laissant les spectres du passé menacer l'existence tranquille qu'il s'était péniblement construite..."

Sergio Gonzalez Rodriguez, L'homme sans tête, Passage du nord-ouest, 16€. Paru le 23 novembre 2009.
Après son excellente étude sur Ciudad Juarez et le véritable gynécide qui ensanglante le Mexique contemporain, Gonzalez Rodriguez poursuit sa plongée dans l'horreur de son pays avec ce texte superbe et terrifiant. Ici l'auteur s'attarde sur le phénomène de la décapitation, en expansion actuellement au "pays des ténèbres qui unit le pouvoir et le crime".
Lecture vivement recommandée à celles et ceux qui ont le cœur bien accroché.

"La décapitation est une pratique désormais courante au Mexique.
La guerre qui sévit entre cartels de la drogue a fait plus de 5 300 morts en 2008 dont 160 - policiers, trafiquants, paramilitaires ou simples citoyens - décapités. En janvier 2009, les cadavres sans tête de deux adolescents de 15 ans ont été découverts à Tijuana. Depuis le début de l'année, le décompte macabre ne connaît pas de trêve. Après Des os dans le désert, non-fiction sur le féminicide de Ciudad Juârez, Gonzâlez Rodriguez poursuit son exploration du paysage criminel mexicain à travers le phénomène de la décapitation.
Acmé de la barbarie contemporaine, la décollation est analysée au regard de son histoire tant sociale, religieuse qu'artistique, et à l'aune de l'ultraviolence de nos sociétés modernes. Enquête journalistique reposant sur des témoignages de coupeurs de têtes, de trafiquants d'armes et de policiers véreux, mi-essai, mi-autobiographie, L'Homme sans tête est une plongée au cœur d'un État gangrené où les nouvelles expressions de la terreur sont sans limites.
Sergio González Rodríguez démontre une fois encore que le journalisme peut atteindre à la littérature d'exception."

Daniel Caux, Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe, L'éclat, 36€. 390 pages. Paru le 23 octobre 2009.
Amoureux des musiques transversales, voici un livre incontournable, une incroyable source de plaisir de lecture qui vous donnera envie de vous abandonner à l'émotion musicale.

"John Cage, La Monte Young, Terry Riley, Steve Reich, Philip Glass, Robert Wilson, Charlemagne Palestine, Louis Andriessen, Urban Sax, Cornelius Cardew, Gavin Bryars, Michael Nyman, Glenn Branca, Arvo Pärt, Michael Galasso, Alan Lloyd, John Adams, Peter Sellars, Albert Ayler, Sun Ra, Cecil Taylor, Milford Graves, Sunny Murray, David Murray, Meredith Monk, Laurie Anderson, Nina Hagen, Alkan, Léon Theremin, Harry Partch, Conlon Nancarrow, Moondog, Luc Ferrari, Eliane Radigue, Thom Willems, Iannis Xenakis, Sonic Arts Union: Robert Ashley, Alvin Lucier, David Behrman, Gordon Mumma ... & la techno."

Georges Bataille, La structure psychologique du fascisme, Nouvelles Editions Lignes, 10€. Paru le 5 octobre 2009.
Les Nouvelles Editions Lignes, qui auront décidément très bien survécu à Léo Scheer, nous gratifient là d'une publication essentielle : en effet, le texte de Bataille sur le fascisme est absolument indispensable pour qui s'intéresse aux sciences humaines et à la question politique. Paru à chaud en 1933 dans la revue La critique sociale, Bataille s'y livre à une lecture sociologique et psychanalytique du fascisme. Cet article est une véritable bombe, à lire d'urgence. Merci donc à l'éditeur de nous le donner enfin à lire (ce texte était devenu difficile à se procurer, la réédition de 1983 aux éditions de La Différence de la revue La critique sociale se faisant vraiment rare).

"En quoi l’analyse de Bataille se distingue-t-elle ? En ceci essentiellement, que Bataille use de tous les moyens disponibles pour «  penser  » (et non pas plaindre, reprocher, «  moraliser  ») le fascisme. Tous les moyens : ceux de la sociologie durkheimienne (touchant au «  sacré  », que Bataille appelle pour sa part l’hétérogène) ; ceux de la phénoménologie allemande ; ceux de la psychanalyse freudienne, enfin. C’est nouveau. Il ne faut pas moins qu’eux, selon lui, pour comprendre et interpréter comment se forme une superstructure, qu’elle soit sociale, religieuse ou politique. Son analyse se distingue en cela déjà qu’elle pose qu’une superstructure peut être de constitution psychologique (ce que le marxisme n’a pas su voir). «  Lire  » le fascisme comme un phénomène politique supplémentaire, c’est ne pas voir de quoi il naît, de l’hétérogène (ainsi que Bataille l’appelle ; en quelque sorte, le «  sacré  » ainsi que Durkheim l’appelait) et de l’inconscient (au sens strictement freudien) ; et comment il s’alimente de cette provenance violente. Violence que le fascisme n’a plus, dès lors, qu’à concentrer au profit de sa toute-puissance fatidique."

Quelques vinyles

On a reçu quelques disques que nous aimons bien.
Le format blog ne permet pas vraiment d'en faire la liste, mais on va essayer quand même de parler de ceux que nous préférons.
Family Fodder, Greatest hits, Crammed Discs, 1981. 25 €.
Excellent disque de post punk. Notons que le titre "Playing golf" (figurant sur cette compile) faisait partie des 10 morceaux préférés de tous les temps de John Peel. Une caution comme une autre.
Un bel article en ligne sur ce groupe relié à This Heat, injustement oublié de nos jours, ici :
http://pagesperso-orange.fr/vivonzeureux/Pages/familyfodder.html

Various, Yes L.A, Dangerhouse, 1979. 60 €. Après No New York, il y eut Yes L.A, compilation de groupes punks de Los Angeles, avec notamment X et The Germs. Il s'agit d'un vinyle monoface tiré à 2000 exemplaires, cristal, avec différentes combinaisons de couleurs. Notre copie est (pas comme sur la photo) imprimée en vert et rouge, la combinaison la plus rare, si l'on en croit l'article sur Wikipédia : http://en.wikipedia.org/wiki/Yes_L.A.
On en a trouvé deux copies en vente sur internet, une à 90€, l'autre à 115€.
Joseph Spence, Bahaman guitarist, réédition Mississipi Records, 2009. 15 € (mais on n'en a plus).
Du super blues, enregistré en 1971 par ce grand musicien au phrasé si singulier.

Et aussi :

- Bruno Carone, Je m'ennuie, 12 pouces, EJC Celluloid, 1981. 5 €. Bruno Carone faisait partie des Stinky Toys. Disque produit par le regretté Jacno.

- Brian Eno, Before and after science, Polydor, 1977. 10 €.

- Robert Wyatt, Rock bottom, Virgin, 1974. 20 €.

- Various, A Factory quartet, Factory, 1980. 35 €. Double LP, avec : The Durutti Column, Kevin Hewick, Blurt, The Royal Family and the Poor (une face chacun).

- David Byrne, Songs from "the Catherine wheel", Sire, 1981. 10 €.

- Robert Fripp, Exposure, E'G Records Polydor, 1979. 12 €.

- Gina X Performance, X-traordinaire, Pathé Marconi, 1980. 20 €.

- Artefact, Agit' Pop, Celluloid, 1980. 25 €. Avec Maurice G. Dantec aux synthétiseurs.

- Various, A christmas record, Ze records, 1981. 12 €. Avec Material, Suicide, Was (Not Was)...

- PragVEC, S/T, 12 pouces, Celluloid, 1979. 30 €. Rare.

LP La Perversita (H. Zazou, Bazooka Prod.)

Nous avons récupéré un exemplaire en très bel état du disque La Perversita.
Sorti en 1979 sur le label Scopa Invisible (ZNR, James Chance, Illitch...), ce disque est à la fois magnifique musicalement et démentiel graphiquement.

Chansons perverses (évidemment), odes à la zoophilie (sur une reprise de Strawberry fields forever), aux plaisirs subtils de la soupeuse, les mélodies sont ciselées comme Hector Zazou sait si bien le faire et les textes sont diaboliquement portés par la voix sensuellle de Jeanne Folly.

L'objet, quant à lui, ravira les amateurs de Bazooka production : la pochette est de Kiki Picasso (verso bien provoquant), mais surtout le disque contient le livret Pervers, constitué de deux feuillets qui se déplient (60 cm x 60 cm). Le graphisme est signé Loulou Picasso, Olivia Clavel, Lulu Larsen et T5 Dur (le plus rare des snipers de Bazooka et sans doute le plus doué).
Enfin, le label du disque reproduit sur chaque face une photo qui ne passerait plus aujourd'hui.

Objet rarissime (on n'en a trouvé qu' un en vente sur Internet, au prix de 125,40€), jamais réédité, ravissement pour les yeux et les oreilles... vous pouvez vous faire une bonne idée en son compressé sur l'excellent blog Mutant Sounds :
La Perversita
Et voilà que ce disque est déjà VENDU.