Nos lectures du moment

Ronald Creagh, Utopies américaines, expériences libertaires du XIXè siècle à nos jours, Agone, 400 pages, 24€. Paru le 13/10/2009.
Excellent ouvrage sur les diverses tentatives américaines de vivre ensemble différemment. Nous avons adoré cette lecture, galvanisante.

"Du voyage du socialiste gallois Robert Owen en 1825 aux premières communautés fouriéristes, des mouvements contestataires des années 1960 à l’écologie et aux groupes punks ou lesbiens d’aujourd’hui, les États-Unis ont abrité nombre de communautés utopiques. Souvent installés comme jadis les moines dans des paysages magnifiques et isolés, mais aussi dans l’hôtel d’un village de l’ancienne Réserve de l’Ouest ou exploitant une mine de charbon sur leur territoire, ces groupes mettent à l’épreuve une volonté de vivre en dehors de la logique de la société dominante.
En revenant sur près de deux siècles d’expériences communautaires, ce livre lève non seulement le voile sur un phénomène méconnu et toujours actuel, mais le réinsère parmi les tentatives de lutte contre un système omnipotent, ouvrant une autre voie, originale et non exclusive, vers l’émancipation sociale."

Thomas H. Cook, Les liens du sang, Série Noire, 20€. Paru le 5 novembre 2009.
Voici un très bon roman noir sur la famille et ses sales petits secrets, mais aussi une belle réflexion sur la lecture. Magnifique.

"Petit avocat de province, David Sears a grandi sous l'autorité d'un père fou, surnommé le Vieux, et dans l'ombre de sa soeur, l'intellectuelle Diana, promise à un brillant avenir.
Mais cette dernière a donné le jour à Jason, un garçon schizophrène dont le père, Mark, spécialiste de génétique, n'acceptera jamais la maladie. Lorsque cet enfant se noie, l'enfer ne fait que commencer. Diana refuse la thèse de l'accident et soupçonne Mark d'avoir poussé leur fils à la mort. Elle adopte alors un comportement de plus en plus étrange, envoie à son frère des messages sur d'anciens crimes rituels et exhume de vieilles histoires sordides à seule fin d'étayer ses accusations.
Quand elle finit par emmener dans son sillage la propre fille de David, la situation devient intenable. Tiraillé entre la volonté de défendre sa soeur, ses craintes sur sa santé mentale et les éléments troublants de l'enquête, David décide de faire à son tour la lumière sur la mort du jeune Jason, laissant les spectres du passé menacer l'existence tranquille qu'il s'était péniblement construite..."

Sergio Gonzalez Rodriguez, L'homme sans tête, Passage du nord-ouest, 16€. Paru le 23 novembre 2009.
Après son excellente étude sur Ciudad Juarez et le véritable gynécide qui ensanglante le Mexique contemporain, Gonzalez Rodriguez poursuit sa plongée dans l'horreur de son pays avec ce texte superbe et terrifiant. Ici l'auteur s'attarde sur le phénomène de la décapitation, en expansion actuellement au "pays des ténèbres qui unit le pouvoir et le crime".
Lecture vivement recommandée à celles et ceux qui ont le cœur bien accroché.

"La décapitation est une pratique désormais courante au Mexique.
La guerre qui sévit entre cartels de la drogue a fait plus de 5 300 morts en 2008 dont 160 - policiers, trafiquants, paramilitaires ou simples citoyens - décapités. En janvier 2009, les cadavres sans tête de deux adolescents de 15 ans ont été découverts à Tijuana. Depuis le début de l'année, le décompte macabre ne connaît pas de trêve. Après Des os dans le désert, non-fiction sur le féminicide de Ciudad Juârez, Gonzâlez Rodriguez poursuit son exploration du paysage criminel mexicain à travers le phénomène de la décapitation.
Acmé de la barbarie contemporaine, la décollation est analysée au regard de son histoire tant sociale, religieuse qu'artistique, et à l'aune de l'ultraviolence de nos sociétés modernes. Enquête journalistique reposant sur des témoignages de coupeurs de têtes, de trafiquants d'armes et de policiers véreux, mi-essai, mi-autobiographie, L'Homme sans tête est une plongée au cœur d'un État gangrené où les nouvelles expressions de la terreur sont sans limites.
Sergio González Rodríguez démontre une fois encore que le journalisme peut atteindre à la littérature d'exception."

Daniel Caux, Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe, L'éclat, 36€. 390 pages. Paru le 23 octobre 2009.
Amoureux des musiques transversales, voici un livre incontournable, une incroyable source de plaisir de lecture qui vous donnera envie de vous abandonner à l'émotion musicale.

"John Cage, La Monte Young, Terry Riley, Steve Reich, Philip Glass, Robert Wilson, Charlemagne Palestine, Louis Andriessen, Urban Sax, Cornelius Cardew, Gavin Bryars, Michael Nyman, Glenn Branca, Arvo Pärt, Michael Galasso, Alan Lloyd, John Adams, Peter Sellars, Albert Ayler, Sun Ra, Cecil Taylor, Milford Graves, Sunny Murray, David Murray, Meredith Monk, Laurie Anderson, Nina Hagen, Alkan, Léon Theremin, Harry Partch, Conlon Nancarrow, Moondog, Luc Ferrari, Eliane Radigue, Thom Willems, Iannis Xenakis, Sonic Arts Union: Robert Ashley, Alvin Lucier, David Behrman, Gordon Mumma ... & la techno."

Georges Bataille, La structure psychologique du fascisme, Nouvelles Editions Lignes, 10€. Paru le 5 octobre 2009.
Les Nouvelles Editions Lignes, qui auront décidément très bien survécu à Léo Scheer, nous gratifient là d'une publication essentielle : en effet, le texte de Bataille sur le fascisme est absolument indispensable pour qui s'intéresse aux sciences humaines et à la question politique. Paru à chaud en 1933 dans la revue La critique sociale, Bataille s'y livre à une lecture sociologique et psychanalytique du fascisme. Cet article est une véritable bombe, à lire d'urgence. Merci donc à l'éditeur de nous le donner enfin à lire (ce texte était devenu difficile à se procurer, la réédition de 1983 aux éditions de La Différence de la revue La critique sociale se faisant vraiment rare).

"En quoi l’analyse de Bataille se distingue-t-elle ? En ceci essentiellement, que Bataille use de tous les moyens disponibles pour «  penser  » (et non pas plaindre, reprocher, «  moraliser  ») le fascisme. Tous les moyens : ceux de la sociologie durkheimienne (touchant au «  sacré  », que Bataille appelle pour sa part l’hétérogène) ; ceux de la phénoménologie allemande ; ceux de la psychanalyse freudienne, enfin. C’est nouveau. Il ne faut pas moins qu’eux, selon lui, pour comprendre et interpréter comment se forme une superstructure, qu’elle soit sociale, religieuse ou politique. Son analyse se distingue en cela déjà qu’elle pose qu’une superstructure peut être de constitution psychologique (ce que le marxisme n’a pas su voir). «  Lire  » le fascisme comme un phénomène politique supplémentaire, c’est ne pas voir de quoi il naît, de l’hétérogène (ainsi que Bataille l’appelle ; en quelque sorte, le «  sacré  » ainsi que Durkheim l’appelait) et de l’inconscient (au sens strictement freudien) ; et comment il s’alimente de cette provenance violente. Violence que le fascisme n’a plus, dès lors, qu’à concentrer au profit de sa toute-puissance fatidique."

Quelques vinyles

On a reçu quelques disques que nous aimons bien.
Le format blog ne permet pas vraiment d'en faire la liste, mais on va essayer quand même de parler de ceux que nous préférons.
Family Fodder, Greatest hits, Crammed Discs, 1981. 25€.
Excellent disque de post punk. Notons que le titre "Playing golf" (figurant sur cette compile) faisait partie des 10 morceaux préférés de tous les temps de John Peel. Une caution comme une autre.
Un bel article en ligne sur ce groupe relié à This Heat, injustement oublié de nos jours, ici :
http://pagesperso-orange.fr/vivonzeureux/Pages/familyfodder.html

Various, Yes L.A, Dangerhouse, 1979. 60€. Après No New York, il y eut Yes L.A, compilation de groupes punks de Los Angeles, avec notamment X et The Germs. Il s'agit d'un vinyle monoface tiré à 2000 exemplaires, cristal, avec différentes combinaisons de couleurs. Notre copie est (pas comme sur la photo) imprimée en vert et rouge, la combinaison la plus rare, si l'on en croit l'article sur Wikipédia : http://en.wikipedia.org/wiki/Yes_L.A.
On en a trouvé deux copies en vente sur internet, une à 90€, l'autre à 115€.
Joseph Spence, Bahaman guitarist, réédition Mississipi Records, 2009. 15€.
Du super blues, enregistré en 1971 par ce grand musicien au phrasé si singulier.

Et aussi :

- Bruno Carone, Je m'ennuie, 12 pouces, EJC Celluloid, 1981. 8€. Bruno Carone faisait partie des Stinky Toys. Disque produit par le regretté Jacno.

- Brian Eno, Before and after science, Polydor, 1977. 10€.

- Robert Wyatt, Rock bottom, Virgin, 1974. 20€.

- Various, A Factory quartet, Factory, 1980. 35€. Double LP, avec : The Durutti Column, Kevin Hewick, Blurt, The Royal Family and the Poor (une face chacun).

- David Byrne, Songs from "the Catherine wheel", Sire, 1981. 10€.

- Robert Fripp, Exposure, E'G Records Polydor, 1979. 12€.

- Gina X Performance, X-traordinaire, Pathé Marconi, 1980. 10€.

- Artefact, Agit' Pop, Celluloid, 1980. 20€. Avec Maurice G. Dantec aux synthétiseurs.

- Various, A christmas record, Ze records, 1981. 12€. Avec Material, Suicide, Was (Not Was)...

LP La Perversita (H. Zazou, Bazooka Prod.)

Nous avons récupéré un exemplaire en très bel état du disque La Perversita.
Sorti en 1979 sur le label Scopa Invisible (ZNR, James Chance, Illitch...), ce disque est à la fois magnifique musicalement et démentiel graphiquement.

Chansons perverses (évidemment), odes à la zoophilie (sur une reprise de Strawberry fields forever), aux plaisirs subtils de la soupeuse, les mélodies sont ciselées comme Hector Zazou sait si bien le faire et les textes sont diaboliquement portés par la voix sensuellle de Jeanne Folly.

L'objet, quant à lui, ravira les amateurs de Bazooka production : la pochette est de Kiki Picasso (verso bien provoquant), mais surtout le disque contient le livret Pervers, constitué de deux feuillets qui se déplient (60 cm x 60 cm). Le graphisme est signé Loulou Picasso, Olivia Clavel, Lulu Larsen et T5 Dur (le plus rare des snipers de Bazooka et sans doute le plus doué).
Enfin, le label du disque reproduit sur chaque face une photo qui ne passerait plus aujourd'hui.

Objet rarissime (on n'en a trouvé qu' un en vente sur Internet, au prix de 125,40€), jamais réédité, ravissement pour les yeux et les oreilles... vous pouvez vous faire une bonne idée en son compressé sur l'excellent blog Mutant Sounds :
La Perversita
Et voilà que ce disque est déjà VENDU.

300 images sauvages (recueil d'affiches de concert)

Nous venons juste de recevoir le livre 300 images sauvages, sorti par Seb Barbe à pop.
Grâce à cette très belle initiative de Seb, voici compilés trois cents affiches et flyers de concerts organisés à Lyon entre 2004 et 2009... soit cinq ans d'activisme musical documentés dans ce beau livre au format 25x35cm.
Vous pourrez (re)voir des images fabriquées par d'incontournables anciens, tels que Nabil, Der Kommissar, Bertoyas, Damien Grange...
Vous y trouverez également les travaux de personnes qui se sont affirmées au cours de cette période de cinq ans, comme Gaël Moissonnier, Julien Dupont, Madame Lapin, Stéréotype...
Enfin, vous aurez droit à des affiches faites par une toute dernière génération de graphistes, tels que Félicité ou les jeunes du collectif Arbitraire. Au total, pas moins de 23 faiseurs d'affiches sont représentés dans ce recueil, sur 56 pages.
L'ensemble est cohérent, classé par artiste. Chacun a d'ailleurs droit à une reproduction pleine page. C'est foisonnant, ça sent la passion et l'énergie do it yourself.
Bravo donc à Seb Barbe à Pop !
On espère une suite, d'ici quelques années.
Si vous nous permettez un conseil, n'attendez pas pour vous le procurer, car il n'y en a que 300 exemplaires et ça va partir comme des petits pains. Alors, si vous aviez raté le livre 66 affiches de Nabil, vous avez aujourd'hui la chance de ne pas laisser passer 300 images sauvages. Il faut dire qu'à 10 €, on aurait tort de se priver.

Paul Mattick (Jr) : Le jour de l'addition (court essai d'économie)

"Si l'ensemble du système financier partait en quenouille et si l'argent cessait d'être la source d'énergie qui fait tourner les rouages de la production, tout l'appareil productif de la société - les machines, les matières premières et surtout les femmes et les hommes - n'en serait pas moins toujours là et pourrait servir à satisfaire les besoins des êtres humains. Moins il faudra d'années de souffrance et de confusion pour que les gens en prennent conscience, mieux cela vaudra".
Ainsi conclut l'auteur dans ce rapide essai sur la crise financière mondiale.
En quatre chapitres, Le jour de l'addition expose d'abord les circonstances particulières des difficultés actuelles pour ensuite se livrer à un nécessaire rappel économique des soixante dernières années. Puis Mattick explore en profondeur le concept de crise dans le contexte du capitalisme, avant de finir son exposé sur les formes que prendra la crise que nous traversons actuellement et sur les moyens d'agir contre elle.
Ce texte est limpide, concis et très éclairant. Même et surtout si l'on ne se passionne pas pour l'économie, la lecture du Jour de l'addition est stimulante : on comprend mieux en quoi le concept de crise est inhérent au système et pourquoi toutes les démarches actuelles pour l'endiguer se révéleront être inefficaces.
Nous vous recommandons vivement de vous plonger dans les soixante pages de cette démonstration implacable, afin de mieux saisir les enjeux de la situation soit-disant exceptionnelle que nous vivons actuellement.

Paul Mattick, Le jour de l'addition, L'insomniaque, 64 pages. 7 €.